À Jaipur, les femmes dalits se mobilisent pour leurs droits
le 10/3/2009 à 10h10
par Naiké Desquesnes
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À l’occasion de la journée de la femme, plus d’une centaine de femmes dalits ont manifesté, dimanche 8 mars, dans les rues de Jaipur, au Rajasthan, à l’appel de l’organisation de défense des Droits des Femmes Dalits Indiennes, le All Indian Dalit Mahila Adhikar Munch.
Venues
de Jaipur et des villages alentours, des dizaines de femmes, parfois
accompagnées de leurs enfants, se sont rassemblées en fin de matinée pour
débuter la journée en slogans : "Vive l'unité des femmes Dalits", "Nous voulons des terres", "Non au brahmanisme"… pouvait-on
entendre et lire en hindi sur leurs écriteaux. Malgré la chaleur, elles ont
défilé durant deux heures dans les rues de la ville, jusqu'au commissariat
local. L'occasion de remettre au superintendant de police un cahier de doléances,
écrit par le All Indian Dalit Mahila
Adhikar Munch (AIDMAM), l'organisation derrière la manifestation.
Procès contre les accusés de violence contre les femmes Dalits, aides
financières aux victimes, droits sur la terre et les ressources figurent parmi
les revendications. "Nous venons réclamer justice au gouvernement"
explique Santra Jain, venue du village de Phagi. Grâce à un programme
spécifique de l'Etat, Santra Jain travaille sur la voie publique, et gagne cent
roupies par jour durant cent jours. Mais à l'issue de cette période, elle
devra chercher du travail ailleurs. Chaveli, quant à elle, est toujours ouvrière
agricole, malgré ses 75 ans : "Je suis venue pour me battre pour mes droits. Souvent, je ne reçois pas
mon salaire pour le travail que je fais dans les champs".
Parmi les 66 millions de femmes
dalits, ou intouchables, en Inde, 81,4 % vivent en zone rurale. Considérées
comme impures et inférieures par le système des castes hindou, elles
constituent une des communautés les plus marginalisées du pays et font face à
une discrimination protéiforme : "Les indiens éduqués ne font pas
la différence entre dalits et non-dalits. Mais les riches fermiers la font. Ils
nous frappent si nous frôlons quelque chose dans leur maison", explique
Asha Didi, une manifestante.
Reléguées au plus bas de l'échelle
- plus bas encore que les hommes - dans les domaines comme l'éducation, l'accès
à la santé, la mobilité sociale ou la participation politique, les femmes
dalits ne sont que 5 % à savoir lire au Rajasthan, contre 24% au niveau
national. Encore aujourd'hui, dans les zones rurales comme le Rajasthan, elles
n'ont pas de droit sur la terre et travaillent pour des grands propriétaires
qui ne leur donnent pas même le salaire minimum (environ cinquante roupies par
jour). Enfin, les cas de harcèlement, de viol et parfois même de meurtre par
les castes supérieures, sont très fréquents dans les villages.
Face à cette situation alarmante, l'organisation
AIDMAM, qui participe à la
Campagne Nationale pour les Droits des dalits (NCDHR) depuis 1998, tente de
réunir, de mobiliser et de politiser les femmes Dalits. "Nous
organisons des rallyes dans tous les coins de l'Inde. L'année dernière, nous
sommes venues à Jaipur afin de protester contre une quinzaine de crimes et d'abus
commis contre des femmes Dalits", explique la présidente de l'AIDWR Vimal Thorat, venue de Delhi pour l'occasion.
Aux femmes réunies en meeting l'après-midi, elle a lancé : "Nous
ne baisserons plus jamais les yeux. Cette bataille est notre bataille, pour nos droits, et ceux de nos filles."
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