"Udaan" au festival de Cannes: une autre vision du cinéma indien
le 20/5/2010 à 9h08
par Béatrice Le Bohec (AFP)
Poster un commentaire :
(0 avis)
Le jeune cinéaste indien reste abasourdi que son premier film, "Udaan", ait été sélectionné par le festival, où il est projeté mercredi, et puisse rivaliser dans la même catégorie que Jean-Luc Godard, l'un de ses réalisateurs favoris.
Si son film signe
le retour de l'Inde après sept années d'absence de la sélection officielle,
souligne-t-il dans un entretien à l'AFP, Vikramaditya Motwane espère que les
festivaliers découvriront une autre vision du cinéma indien, aux antipodes des
grosses productions bollywoodiennes glamour ayant aisément franchi les
frontières.
"Udaan" a été sélectionné dans la catégorie "Un certain regard"
au côté notamment de "Film Socialisme" du Franco-Suisse Jean-Luc
Godard, mais aussi d'une production du Portugais Manoel de Oliveira, un autre
"grand" qu'il admire depuis toujours.
"J'ai reçu un message du festival le 15 avril. Je ne m'y attendais pas du
tout, c'était une énorme surprise!", avoue Vikramaditya Motwane, 33 ans,
lors de cet entretien réalisé à Bombay, la capitale du cinéma populaire indien
connu pour son abondance d'histoires sentimentales.
En 2003,
"Arimpara" de Murali Nair, avait été sélectionné pour "Un
certain regard". Depuis, les films de réalisateurs indiens présentés à
Cannes sont souvent dans la catégorie "Cannes Classics".
"Udaan"
("Prendre son envol" en hindi) raconte l'histoire intimiste d'un
adolescent qui revient dans une ville industrielle de l'un des Etats les plus
pauvres de l'Inde, le Jharkhand, après avoir été abandonné pendant huit ans
dans un pensionnat. Le jeune homme, oppressé entre un père autoritaire et un
jeune demi-frère, contraint de travailler dans l'usine sidérurgique paternelle,
tente de s'affranchir de cette condition pour réaliser son rêve, devenir
écrivain.
"C'est un mélange d'autobiographie et de fiction", admet pudiquement
le cinéaste. "Mon travail est un équilibre entre les films indiens
typiques, car il y a des chansons dans le film, et une recherche plus
personnelle, avec beaucoup de silence", résume cet homme lui-même peu
bavard.
Avec
"Udaan", dont le titre est aussi un pied-de-nez à ceux qui n'auraient
pas parié une roupie sur lui, Vikramaditya Motwane veut y voir "le début
d'une grande aventure" pour son équipe et pour le balbutiant cinéma
indépendant indien. La sélection de
son film pour une compétition récompensant les oeuvres expérimentales est une
revanche pour un projet qui a bien failli rester dans les cartons: en 2003, il
avait dû abandonner le projet par manque de financement et d'intérêt des
producteurs qui jugeaient que l'histoire manquait de conviction.
Ce n'est qu'en mars 2009 que le projet rebondit grâce notamment au réalisateur
indien Anurag Kashyap, rencontré auparavant sur un tournage et qui réunit assez
d'argent pour produire Vikramaditya. Les producteurs de Bollywood commencent
toutefois depuis peu à traiter de sujets plus proches de la vie quotidienne
indienne avec de nouvelles productions montrant à l'écran des thèmes sociaux,
comme le handicap.
Vikramaditya, qui
place en haut de son panthéon personnel les oeuvres de Alfred Hitchcock,
Stanley Kubrick et François Truffaut, a débuté en assistant sa mère,
productrice d'une émission télévisée. Il est ensuite devenu l'assistant de
réalisateurs comme Sanjay Leela Bhansali, qu'il avait accompagné à Cannes en
2002 pour le film "Devdas", un festival dont il garde le souvenir
d'une ambiance "électrique".
CultureCinémaFestivalFrance
Poster un commentaire :
(0 avis)