A la lisière de la capitale indienne, un bidonville artificiel
le 30/7/2008 à 17h29
par Pablo Shankar
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Dans le cadre du processus d’embellissement de New Delhi, des centaines de milliers de pauvres ont été expulsés et réinstallés dans d’immenses colonies artificielles, où les conditions de vie sont extrêmement difficiles. Reportage à Bawana, un de ces camps de déplacés, situé à 40km de la capitale.
Il y a quatre ans, lorsque
vingt-cinq mille familles ont été installées à Bawana, à mi chemin entre ville
et campagne, il n'y avait rien : ni eau potable, ni électricité, ni
toilettes, ni écoles, ni services de santé, ni infrastructures de transport
correctes. Sans possibilité de trouver des emplois localement, les
déplacés devaient par ailleurs parcourir 40km pour rejoindre leur lieu de
travail, à Delhi. Une catastrophe puisque les 20 roupies minimum que coûtent
l'aller-retour en bus représentent environ 20% d'un salaire journalier.
Exemple parmi bien d'autres,
Bawana reflète la longue histoire de New Delhi en matière d'expulsions des pauvres,
transportés du coeur de la ville vers sa périphérie. Une politique lancée par
les autorités dans les années 60, avec pour objectif annoncé de désencombrer le
centre de la capitale et d'améliorer les conditions de vie des plus pauvres.
Mais c'est surtout à partir des années 1990 que la tendance s'est accélèrée.
Lutte contre la pollution,
sauvegarde de l'environnement et manque de place sont les raisons les plus souvent
invoquées pour justifier les expulsions massives. Pour Hazards Centre, un centre de recherche spécialisé dans le développement
et les questions environnementales, ces expulsions forcées seraient plutôt
guidées par la volonté des autorités de transformer la capitale en ville de "classe internationale". Et par le poids croissant des classes
moyennes qui, réunies en associations, signent des pétitions contre les
bidonvilles, lesquelles trouvent un écho favorable auprès des autorités
judiciaires.
Aujourd'hui, 90% des cent
soixante mille personnes déplacées à Bawana vivent toujours au dessous du seuil
de pauvreté, avec un revenu moyen de cent roupies par jour (environ 1,5 euro). Le
système d'évacuation des eaux est catastrophique, les infrastructures de santé
sont toujours inexistantes, et les abris faits de plastiques et de bambous sont
souvent inondés pendant la mousson.
Pour autant, la situation
s'améliore lentement. Désormais, Bawana compte en effet des commerce de
proximité, quelques "cinémas" - des bicoques de quelques mètres
carrés, à l'entrée payante, où les nouveautés sont diffusées en DVD -, quatre
écoles, environ une pompe pour dix familles - avec de l'eau deux fois par jour
-, et dix-huit toilettes publiques, gratuites pour les femmes et les enfants,
et payantes pour les hommes (une roupie). Mais comme le rappelle Hazards
Centre : "les toilettes sont
toujours sales, généralement sans eau, ni électricité. Les femmes et les jeunes
filles ne peuvent pas s'y aventurer la nuit même en cas de besoin urgent, car
elles ne se sentent pas en sécurité".
Depuis 2007, des maisons en dur ont
fait leur apparition, là où il n'y avait avant que des abris de fortune. Peintes
en bleues, jaune ou rose pale, elle colorent un peu le paysage plutôt morne. Leur
construction a été rendue possible par l'action d'associations comme
Chetanalaya, dans le cadre de programmes de réhabilitation en partenariat avec
des "self help group" (SHG), ou groupes de micro-crédit, gérés par
les femmes. Ce système a notamment permis la construction de 240 maisons, à
l'espace certes très réduit, mais oú les familles se sentent en sécurité.
L'association aide également les
enfants à rejoindre le système scolaire et assure des formations
professionnelles. "Nous voulons
avant tout éduquer une génération, apprendre aux jeunes à lutter pour leurs
droits. Peu importe le temps que cela prendra, c'est essentiel. Sinon on rendrait les gens dépendants, en leur
fournissant simplement des infrastructures, sans rien derrière, comme le font
les autorités politiques avant chaque élections", explique Ujagar
Singh, le responsable local de l'association. "Il reste cependant beaucoup à faire, et toute aide est la
bienvenue», conclut-il.
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