A la recherche de la soie dans les rues de Bénarès
le 23/7/2009 à 10h10
par Mike Alvarez, photos Lilly Auclair
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Connue pour ses ghâts et ses crémations, Bénarès ou Vârânasî est aussi réputée pour être la ville de la soie. Sa production est un des rouages majeurs de l’économie locale, avec le tourisme. Reportage dans la cité de Shiva pour mieux comprendre le processus de transformation, du simple fil à l’étoffe des rois.
Il suffit de se
perdre dans les rues étroites de Bhelupura pour s'en faire une idée. Dans une
des rares parties de Vârânasî où on a peu de chances de croiser un touriste, les
tisserands abondent. Jetez un coup d'œil par les fenêtres en passant devant les
maisons, l'autre œil sur les bouses de vache et autres déchets qui jonchent le
chemin, et vous les apercevrez.
Pas plus de cinq
par pièce, ils travaillent le fil de soie méticuleusement, patiemment, le plus
près possible de la lumière du soleil. Les coupures d'électricité sont
nombreuses ici. Ces travailleurs créent des milliers de mètres de tissu par
jour, qui finiront en saris sur les
mariées indiennes, en écharpes ou même housses de couette.
Outre
l'hindouisme, Vârânasî est aussi la capitale de la soie. Dans certains quartiers,
comme Bhelupura, le secteur fait vivre la plupart des foyers. Les métiers se transmettent
de père en fils. On trouve quasiment toujours les tisserands dans les familles
musulmanes, les Hindous étant chargés d'élaborer des motifs et de vendre le
produit fini. Il est ensuite distribué à travers l'Inde et même à l'étranger,
où son prix est parfois multiplié par dix avant d'arriver dans les mains de son
destinataire.
Se rendre ici,
c'est l'occasion pour certains de faire une bonne affaire. Les importateurs de
soie viennent négocier directement prix et quantités. Le touriste de passage en
profite souvent aussi, ressortant des magasins locaux avec des étoffes de
qualité pour une poignée de roupies. Trois euros pour une écharpe en soie pure,
ça fait rêver.
Bal Krishiana
Mehrotra est donc un marchand de rêve. A seulement 25 ans, c'est lui qui
tient les rênes de l'entreprise créé par son grand-père en 1954. Ou est-ce
1956 ? Il ne sait pas exactement. Mais au moins, il connaît bien sa
soie.
Dans la Mehrotra
Silk Factory, on ne déroge pas à la tradition. Bal Krishiana en est maintenant
le gérant, après son père et son grand-père. Grâce à ces trois hommes, leur
firme est devenue l'adresse préférée des touristes à Vârânasî. Fièrement, il
nous montre une brochure éditée par l'Office de tourisme local. Ses magasins
figurent en première position dans la liste des vendeurs de soie "government
approved", reconnus par le gouvernement. "C'est parce qu'on ne fait l'objet d'aucune plainte, qu'on est réputés
et que nous sommes une bonne famille", explique-t-il.
Seules trois
autres enseignes bénéficient de la garantie gouvernementale à Vârânasî. Pour
l'obtenir, on doit déposer 50 000 roupies auprès de l'Office de tourisme.
Cette caution sert en principe à rembourser les acheteurs qui se plaindraient
d'un produit de mauvaise qualité. Car chez les Mehrotra comme chez ces
concurrents privilégiés, on se targue de ne vendre que du 100% soie. Pas comme
les autres marchands qui, comme l'explique Bal Krishna, coupent leurs soieries
avec du polyester ou du coton.
Pour tester la
qualité de son produit, le vendeur nous demande de choisir une des nombreuses
écharpes étalées devant lui. Il prend un briquet et l'approche de la frange. Le
fil noircit et émet de la fumée. Bal Krishiana demande d'approcher la
tête : "Vous sentez ? On
dirait des cheveux qui brûlent." Puis on refait la même chose avec un
tissu en coton et le fil prend feu, avec une odeur de papier embrasé. "C'est comme ça qu'on voit la différence"
conclut-il.
Visiblement,
notre interlocuteur sait très bien vendre son produit. Il manie bien l'anglais,
n'hésite pas à prendre son temps pour expliquer d'où viennent ses étoffes. A
l'ombre de son père, il a bien appris comment nouer le contact avec la
clientèle. S'il traite beaucoup avec des grossistes étrangers – il tient dans
un classeur plus d'une centaine de cartes de visite de ses partenaires
commerciaux – les touristes sont également les bienvenus dans les deux magasins
de la marque à Vârânasî.
C'est pour eux
que Bal Krishiana et ses aïeux ont construit une fabrique dans la ville, afin
que les visiteurs puissent regarder faire les ouvriers de la soie. Mais ce n'est
qu'une vitrine où cinq personnes maximum travaillent en période de pointe. Les
autres, environ une quarantaine, se trouveraient dans un village à dix
kilomètres de là. Une version que conteste Praveen Pathak, un guide de 19 ans à
l'aisance d'un vétéran. "Ici, les
vendeurs vous diront toujours qu'ils ont usine en dehors de la ville",
raconte-t-il. "Mais en fait, la
soie est toujours fabriquée ici, dans les maisons. Ce sont des gens qui
travaillent à leur compte qui la tissent et qui la revendent ensuite aux
marchands."
Une chose est
sûre, rien n'est automatisé. Même si la rentabilité s'en trouve largement
affectée, tout est fait à la main grâce à des machines qui semblent sorties
d'un livre d'histoire. Bal Krishiana justifie ce choix par une métaphore : "Si vous avez le choix entre un
repas pris dans un hôtel et un autre préparé par votre maman, vous choisissez
quoi ?" L'argument est imparable…
CommerceTraditionTourismeArt
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