Achat d'une recharge téléphonique dans une petite échoppe. D'un œil expert, le vendeur analyse le billet de 500 roupies à la lumière du soleil.
"Sorry Ma'am, c'est un faux." Le visage de Gandhi en filigrane est en effet étrangement déformé, rendant le billet inutilisable.
Achat d'un sac dans une boutique chic de Connaught Place à New Delhi. Cette-fois, le vendeur possède une machine de détection à UV hypra-sophistiquée. Le billet de 500 roupies, pourtant sorti tout droit du distributeur automatique, s'avère également être un faux, quoique moins facilement reconnaissable. Les ornements floraux entourant le nombre 500 ne sont pas incrustés dans le papier, mais se trouvent à sa surface et commencent à s'effacer.
Le vendeur sort un autre faux billet d'une pochette plastique : sur le liseré argenté en filigrane, uniquement observable aux rayons UV, l'inscription en hindi "
Bharat" (Inde) a été remplacée par d'autres signes qui n'apparaissent pas nettement. Indétectable à l'œil nu : du vrai travail de pro. Sur le billet, un gribouillage rouge illisible de la banque:
“COUNTERFEIT BANK NOTE IMPOUNDED”. Le billet est confisqué. Impossible de le refiler. 500 roupies de perdues. C'est un vrai désastre pour de nombreux commerçants.
Ce type de situation devient monnaie courante (c'est le cas de le dire) en Inde depuis environ trois ans. Si la falsification de billets de 100 roupies a considérablement diminué, celle de billets de 500 et 1000 roupies est en constante augmentation (respectivement 75% et 300% en trois ans) et ne cesse de se perfectionner. La
Reserve Bank of India a introduit de nouvelles mesures en 2006 pour contrer le phénomène (film anti-photocopie Omron, nouveaux filigranes, nouvelles polices, fibres optiques bicolores...). Mais les ressources technologiques des faussaires rendent le défi difficile à relever. D'après le
National Crime Records Bureau, 2 204 cas de contrefaçon ont été enregistrés l'année dernière. 8 voire 9 billets sur 1000 seraient désormais contrefaits.
Généralement l'œuvre de mafieux véreux ou de narcotrafiquants, le phénomène de la contrefaçon en Asie du Sud a pris une tournure bien plus politique. Les investigations des agences de renseignement indiennes ont en effet conduit à la conclusion que les faux billets viennent du Pakistan, et seraient le fait de l'ISI (services secrets pakistanais).
Le but serait bien sûr, outre le financement du terrorisme et du narcotrafic, de déstabiliser l'économie indienne: trop de billets en circulation mènent à une dévalorisation de la monnaie et à une augmentation des prix.
D'après une enquête du magazine India Today, les billets seraient fabriqués au Pakistan, stockés à Dubaï, Bangkok ou Singapour, puis disséminés au Sri Lanka, au Népal ou au Bangladesh, dont les frontières poreuses en font une base idéale pour inonder le marché de leur voisin indien. Bienvenue dans l'ère nouvelle du terrorisme économique.
En cas de possession d'un FICN (
Fake Indian Currency Note), le bon citoyen doit le ramener docilement à la banque, où il sera confisqué. En plus de perdre 500 roupies, certains se voient également accusés de posséder de la fausse monnaie. Difficile dans ce cas de faire preuve de patriotisme économique... La tentation est bien plus grande de refourguer discrètement le billet, lui permettant ainsi de poursuivre son chemin diabolique dans le cycle infini de l'échange monétaire...
Note :