Alliances de circonstances, clé de voûte des élections indiennes
le 13/3/2009 à 9h10
par Antoine Corta
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A la veille de chaque élection en Inde se trame un jeu complexe d’alliances dans lesquels les petits partis sont devenus incontournables. Le lancement aujourd’hui du « Troisième Front », une nouvelle alliance qui vient concurrencer les deux grandes coalitions menées par le Congrès et le BJP, pourrait brouiller davantage les cartes cette année.
"La politique est une affaire locale", avait déclaré
un jour le président du Congrès américain Thomas O'Neil. Cette célèbre phrase
prend tout son sens dans le paysage politique de l'Inde fédérale où les grands
partis sormais obligés de composer avec une myriade de petits acteurs
régionaux pour accéder au pouvoir. En raison de l'émiettement des partis, les
grandes formations du pays, à savoir le Congrès et le Bharatiya Janata Party
(BJP – nationaliste hindou) ne peuvent en effet plus espérer obtenir une
majorité absolue au Parlement.
A un mois des élections, le ballet des alliances est
désormais lancé avec l'officialisation aujourd'hui du "Troisième
Front", coalition alternative à la United Progressive Alliance (UPA),
actuellement au pouvoir et menée par le parti du Congrès, et la National
Democratic Alliance (NDA) de l'opposition emmenée par le BJP. Ce dernier vient
justement de perdre un précieux allié dans le Biju Janata Dal (BJD), son allié
de onze ans en Orissa, la semaine dernière. A la suite d'un désaccord sur le
partage des circonscriptions pour les élections régionales, le BJD a décidé de
rejoindre la coalition émergente.
Il n'est pas le seul. Emmené par les communistes, qui
jusqu'en juin dernier soutenait le gouvernement mené par le Congrès, le
Troisième Front commence donc à prendre son envol. Il compte déjà neuf
formations politiques et, selon le Hindustan Times, plusieurs partis régionaux comme le National Congress Party
(NCP), le Janata Dal, le All India Anna Dravida Munnetra
Kazhagam (AIADMK), ou encore le Telugu Desam Party (TDP)
envisageraient a présent de rejoindre cette coalition alternative.
Ces petits partis locaux jouent un rôle prépondérant depuis plusieurs années en
Inde. Sans leurs alliés, les deux grands partis nationaux, le Congrès et le
BJP, n'arrivent en effet en tête que dans sept des 28 états indiens lors des
élections régionales.
Au Maharashtra, par exemple, le Congrès compte
généralement sur son allié du NCP pour remporter l'Etat, tout comme le BJP
dépend du Janata Dal dans l'état du Karnataka. Les défaites,
lors des élections de 2004, du TDP en Andhra Pradesh et De l'AIADMK au Tamil
Nadu, ont par ailleurs largement contribué à la défaite de la coalition sortante
menée par le BJP à l'époque.
En Inde, les alliances entre partis sont souvent éphémères
et purement opportunistes, au mépris de toute affinité idéologique. Pour se
maintenir à la tête de l'Etat de l'Uttar Pradesh, le BSP, qui se pose pourtant en
défenseurs des dalits (intouchables), n'a pas hésité à s'allier par le passé
avec le BJP, dont l'idéologie hindouiste encourage logiquement le status quo
concernant le système de castes. Il est par ailleurs courant qu'un parti change
de camp d'une élection à l'autre.
A l'approche des élections, les tractations sur la répartition des sièges entre
les deux grands partis (le Congrès et le BJP) et leurs alliés du moment vont donc
bon train dans les différents Etats de l'Union. Mais c'est vers le BSP de
Mayawati Kumari, au pouvoir dans l'Uttar Pradesh, que se tournent désormais
tous les regards. Cet Etat envoie en effet 80 députés au Parlement (sur 543),
et pèse donc très lourd dans la balance
électorale. Le BSP, qui a quitté la coalition gouvernementale l'été dernier,
rejoindra t-il le Troisième Front, bouleversant la donne a un mois des
élections fédérales? C'est plus que probable, mais son chef pose néanmoins une
condition : être nommée Premier ministre en cas de victoire.
PolitiqueElectionsNew Delhi
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