Attentat de Kaboul : l’Inde accuse les services secrets pakistanais
le 15/7/2008 à 12h07
par Tony Rajkumar
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Moins d’une semaine après l’attentat suicide qui a fait plus de 60 morts devant son ambassade à Kaboul, l’Inde accuse ouvertement l’agence pakistanaise de renseignement d’en être l’instigateur. Au risque d’exacerber les tensions entre les deux pays.
"L'ISI doit être détruite". La déclaration du
conseiller indien à la sécurité nationale, qui s'exprimait, samedi, à propos de
l'attentat contre l'ambassade d'Inde à Kaboul, était tout sauf diplomatique.
M.K. Narayanan a directement accusé l'agence de renseignement pakistanaise, la
redoutable Inter-Services Intelligence (ISI), d'avoir orchestré l'attaque à la
voiture piégée qui a tué quatre ressortissants indiens et plus de soixante
civils afghans, lundi dernier. "Nous avons suffisamment de renseignements
concernant l'implication du Pakistan et sommes certains que l'ISI est
derrière cet attentat", a-t-il ajouté.
Le ministre pakistanais des Affaires Etrangères a pour sa part immédiatement démenti
l'implication d'Isalamabad dans l'attaque, expliquant que son pays n'avait "rien à
gagner en encourageant l'attentat", perpétré selon lui dans le but de "déstabiliser les relations
indo-pakistanaises".
Les propos de M.K. Narayanan font
écho à une accusation similaire, portée hier par le président afghan Hamid
Karzai. Ce dernier a expressément rejeté sur "les services secrets
pakistanais" la responsabilité de l'attaque sur la mission indienne ainsi
que d'autres attentats perpétrés cette année en Afghanistan. Il a par ailleurs annoncé, aujourd'hui, la suspension de plusieurs réunions avec le Pakistan, en signe de protestation. Depuis plusieurs annés, l'influence de l'ISI, et surtout son autonomie vis-à-vis du pouvoir
pakistanais, est de plus en plus sujet à polémique.
Les services secrets d'Islamabad sont en effet
accusés - par les voisins du Pakistan et même par Washington - de soutenir en
coulisses les groupes islamistes affiliés à Al-Qaida, et plus particulièrement les
talibans. Si ces derniers ont démenti toute implication dans l'attaque contre
l'ambassade indienne, force est de constater qu'ils ont multiplié leurs
opérations en Afghanistan cette année, tout en étendant leur influence au
Pakistan. Ceci grâce à la complicité de l'ISI ? Beaucoup le pensent, même
si personne n'osait le dire jusqu'à présent.
Depuis l'amorce d'un timide
processus de paix avec son voisin, New Delhi, s'était ainsi gardée d'accuser
explicitement l'ISI ou même le gouvernement pakistanais, comme elle le fait
généralement après chaque attentat perpétré sur son territoire. Les deux frères
ennemis d'Asie du sud sont en effet engagés dans un « dialogue
composite » depuis début 2004, afin de normaliser leur relations,
empoisonnées depuis plus d'un demi-siècle par l'épineuse question du Cachemire,
qui a déjà fait l'objet de trois guerres entre les deux pays.
L'accusation virulente portée par
M.K Narayanan, qui a menacé de "rendre au Pakistan la monnaie de sa
pièce", a-t-elle mis en péril les
pourparlers? La police fédérale indienne, le Central Bureau of Investigation, à décider d'annuler la réunion
avec son équivalent pakistanais, la Federal
Investigative Agency qui devait se tenir aujourd'hui, en signe de
protestation contre l'attentat de Kaboul. Il semble cependant que l'incident
diplomatique ait pour l'instant été évité. Interrogé par le quotidien The Hindu, hier, le ministre pakistanais
des Affaires Etrangères Shah Mehmood Qureshi a affirmé que bien qu'elle soit "inexactes et infondées", les allégations du gouvernement indien n'auraient "pas de répercussions sur le processus de paix entre les deux
pays". Le cinquième cycle de négociation du dialogue composite, qui doit
se tenir à New Delhi, le 19 juillet prochain est en effet toujours d'actualité.
En décidant de maintenir le cap
sur son engagement en Afghanistan, l'Inde est consciente qu'elle
s'expose à de nouveaux attentats. Si l'implication de l'ISI venait à se
confirmer ou se poursuivre, le processus de paix, déjà bien timide, pourrait cependant
être compromis.
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