Canicule au cœur de l’été indien
le 7/5/2009 à 9h38
par John Hug
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Une vague de chaleur déferle sur l’Inde avec 44.2 degrés à New Delhi qui a vu son jour le plus chaud depuis 50 ans à cette période. Les autorités de la capitale indienne ont demandé aux écoles d’avancer les vacances annuelles. Le pays fait déjà face à des pénuries en eau et en électricité. L’Inde subirait-elle de plein fouet le contrecoup du changement climatique?
Depuis fin avril, une vague de chaleur a déferlé sur plusieurs états
indiens, affichant des températures records à Nagpur dans le Maharashtra
(47.1°), à Khandwa dans le Madhya Pradesh (47.5°), à Ahmedabad au Gujarat
(43°), à Churu au Rajasthan (46.2°), ou encore à Hisar dans l'Haryana (45.4°).
Le nombre de victimes de la chaleur s'élevait lundi à 92 dans l'Orissa, où le
mercure affichait 46.2 degrés à Talcher.
Les mois de mai et juin sont toujours les plus chauds en Inde, avant la
venue de la mousson. Pourtant cette année, les habitants de Nagpur se demandent
si les dieux sont en colère : "c'est très inquiétant, dans le village
de ma femme, il n'y a plus d'eau dans le puits. Nous devons en acheter. Mais
pour les classes plus pauvres, ils ne peuvent pas se le permettre",
témoigne Deepak Gupta, un jeune professeur. "Le prix d'un jerricane
atteint les dix roupies, et nous sommes dépendants des tanks d'eau fournis par
les agences gouvernementales", ajoute t-il.
Cette vague de chaleur arrive aussi au moment où de nombreuses personnes
devaient faire la queue en plein soleil pour voter. "Les gens voulaient
voter, mais comme les alentours des bureaux de vote n'étaient pas équipés
d'avant-toits, beaucoup sont partis sans voter. Ils ne pouvaient pas tenir deux
heures sous la chaleur. C'est anti-démocratique", raconte Arun Bandhari,
un habitant de New Delhi.
Toujours à New Delhi, l'administration chargée de l'éducation a demandé aux
écoles d'avancer les dates des vacances d'été de 15 jours. "Les enfants
et les personnes âgées sont les plus vulnérables", explique Rahul Verma de la Foundation Uday. "Ils
doivent rentrer de l'école l'après-midi, aux heures les plus chaudes".
La chaleur fait cependant les affaires des vendeurs de climatiseurs et de
ventilateurs. Dans les quartiers les plus aisés, l'air conditionné tourne à
plein régime, même la nuit. Ainsi, l'Inde a vu sa demande en électricité
exploser atteignant un pic national de 95 000 méga watts (équivalent à 95
centrales nucléaires) le 30 avril dernier.
"La sécheresse et la demande en énergie pour activer les pompes
pourraient gravement affecter le prix des produits agricoles",
avertissent les experts du Département Météorologique de Delhi. "La température
est trois degrés au-dessus de la moyenne. Les analyses de la période qui
va de 1901 à 2008 montrent une augmentation de 0.52 degrés sur 100 ans, avec
une nette différence depuis les années 90", peut-on lire dans le Times of
India.
D'après Krishna Kumar, de l'Institut de Météorologie Tropicale,
interrogé par le Times of India, il n'y aurait pas de relation directe avec le
changement climatique."La température augmente dans toute l'Inde, ce
sont des changements normaux. Les courants d'air chaud provenant du Rajasthan
sont responsables de la vague de chaleur dans le Maharashtra et autres Etats du
sud".
Mais pour l'environnementaliste Artabandhu Mishra, la chaleur est aussi due
à l'industrialisation sauvage et à la déforestation. "Selon la loi,
chaque arbre coupé devraient être replanté, mais ce contrat n'est pas respecté
par les agences gouvernementales. Puis l'industrie du bois est souvent gérée
par des mafias. En plus, rien n'a été entrepris pour améliorer le niveau
de la nappe phréatique qui influence les températures", conclut-il
dans le Statesman.
Avec une population dépendant largement de l'agriculture liée aux facteurs
naturels, Rajendra Pachauri, prix Nobel avec Al Gore pour ses recherches sur le
changement climatique tire la sonnette d'alarme : "Les
infrastructures et les mécanismes institutionnels sont insuffisants pour faire
face aux calamités écologiques. Les pertes occasionnées s'élèveraient à 10% du
PNB".
Toutefois, le gouvernement signale que la population ne doit pas s'alarmer.
Le thermomètre est déjà redescendu de quelques degrés.
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