Censure à Bollywood
le 27/2/2008 à 12h04
par Nina Roy
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L’industrie du cinéma indien est la plus importante au monde avec plus de 800 films tournés par an. Mais c’est aussi l’un des cinéma les plus soumis à la censure. Jusqu’où les réalisateurs indiens et étrangers ont-ils le droit d’aller ? Qu’est-ce que le public indien ne doit pas voir ? Voici quelques notions de censure.
Dans un pays encore très traditionnel où le septième art est si populaire, on ne projette pas n'importe quoi n'importe comment... Tous les films destinés à une projection publique doivent êtres validés par un certificat de censure et ce, depuis 1952 (1). Un comité de censure composé d'un jury de 12 à 25 personnes est désigné à cet effet par le gouvernement central indien. Il vote pour chaque production la validation ou non de certaines scènes ou encore du film entier.
Le préambule stipule : "Un film est interdit s'il va à l'encontre des intérêts, de la souveraineté, de l'intégrité, de la sécurité de l'Inde, de ses relations amicales avec d'autres pays ou s'il mence l'ordre public, la décence et la morale." Cela se traduit par une censure particulièrement marquée des scènes de sexe, de violence et de conflits interreligieux.
D.K Bhatia, avocat spécialisé en la matière, précise : "Il est en fait interdit de voir des scènes de nudité totale, ou encore d'apercevoir la poitrine d'une femme. Les scènes sexuelles doivent toujours être suggérées et jamais montrées." L'avocat note que des régulations différentes sont en cours pour les films indiens et les films étrangers. "Dans une production indienne, il est depuis peu formellement interdit de voir un acteur fumer alors que cela reste toléré dans les films étrangers." Il est aussi interdit de montrer des meurtres d'animaux ou des animaux en cage depuis un nouvel amendement de septembre 2007, ce qui vient de retarder la sortie en salle du nouveau film de Wes Anderson, A Bord du Darjeeling Limited. Dans une scène, on aperçoit un serpent en cage, le comité de censure veut être sûr que l'animal a bien été traité avant d'autoriser la sortie du film.
Mais la plupart des règles de censure ne sont pas écrites, ce qui les rend très aléatoires. Elles sont laissées à l'appréciation des quelques membres du jury désignés par le gouvernement, et généralement vieillissants... Shruti, jeune étudiante à Delhi s'indigne : "Ils vont trop loin, la nouvelle génération change beaucoup. C'est absurde d'interdire dans un film indien certaines choses et de les laisser dans un film américain ! Ils veulent faire du cinéma indien un modèle pour la population. Mais plus ils imposent des valeurs et interdisent, plus les effets seront négatifs !"
Un avocat souhaitant rester anonyme renchérit, "les temps changent, il faut arrêter de voiler la face des gens". Nous observons donc de plus en plus de jeunes réalisateurs indiens qui, frustrés par cette censure, partent à l'étranger pour réaliser leurs films. C'est le cas de Shekar Kapoor, célèbre réalisateur d'origine indienne qui travaille maintenant à Hollywood. Son dernier film indien retraçait la vie de la reine des bandits Poolan Devi. Il voulait mettre en scène un passage décisif dans sa vie (un viol) mais n'a jamais eu l'autorisation. Une interdiction de trop qui l'a poussée au départ.
Les règles de la censure changent, doucement. Les jeunes Indiens préfèrent la contourner qu'attendre une révolution. Ils savent qu'un baiser peut encore choquer même si depuis 2001, un nouvel amendement autorise le bisou sur la bouche. "On ne verra jamais une scène de nudité totale dans un film indien, la majorité du public, religieux ou peu alphabétisé, n'est pas prêt à voir ça. Il y a une forme d'acceptation inconsciente de la censure", commentent des jeunes à la sortie d'un cinéma de Delhi. Alors ils contournent les règles. Par exemple, les DVD ne sont pas censurés. Et depuis quelques années, des "Morning shows" ont été créés à New Delhi, proposant légalement des projections des films érotiques, à 5 heures du matin.
(1) L'Acte Cinématographique date de 1952 mais il est constamment renouvelé par le vote d'amendements.
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