Ces banques indiennes qui emploient des "gros bras" pour traquer les impayés
le 20/7/2008 à 18h40
par Tony Rajkumar
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Plusieurs banques indiennes sont accusées d’embaucher des agents musclés, afin de recouvrir les prêts des "mauvais payeurs". Une pratique douteuse, qui a poussé certains jusqu’au suicide.
Menaces, agressions, passages à
tabac, humiliations, tortures : ces pratiques évoquent généralement davantage le milieu de la Mafia
que celui du secteur bancaire. Pourtant, c'est bien ce dernier qui se livre à
de tels actes en Inde ces temps-ci. Il
est en effet courant pour les banques, d'engager des "agents de
recouvrement" externes, qui n'hésitent pas à harceler, voire violenter
les clients en retard sur leurs prêts. Lundi encore, cinq individus se sont ainsi
introduits chez un résident de Bombay, le sommant de payer une "dette" de 5400 roupies (80 euros) à la banque ICICI, la deuxième
du pays. L'homme, qui a réussi à enfermer un des assaillants chez lui avant
d'appeler la police, a déclaré avoir reçu plusieurs menaces par téléphone,
durant les jours précédant cette visite inopinée.
Ce genre
d'incident est devenu tristement courant dans le pays, avec des conséquences
parfois tragiques. En 2005, un résident de Delhi s'était suicidé après les
persécutions d'agents de la banque ICICI, laquelle lui avait octroyé un prêt de
37 000 roupies (560 euros) pour l'achat d'une moto. La victime avait
directement mis en cause la banque dans sa lettre d'adieu. L'année dernière,
des hommes de mains d'une autre banque ont infligé des décharges électriques à
un chercheur d'Hyderabad, dans le centre du pays, après qu'il a manqué
plusieurs échéances sur un prêt de 16 000 euros. Selon la police
d'Hyderabad, neuf personnes se sont données la mort dans l'Etat d'Andhra
Pradesh, après avoir été harcelées par des agents de recouvrement. A New Delhi,
un autre client s'est fait tabasser à coups de barres de fer pour des raisons
similaires, en janvier dernier.
Alarmées, des associations de consommateurs ont saisi la
Cour Suprême en octobre dernier, laquelle a décrété que les banques seraient
désormais jugées responsables des actes de leurs agents. La justice indienne a
ensuite confié à la Banque Centrale l'élaboration de directives pour encadrer
le recouvrement de prêts. Les nouvelles règles obligent notamment les banques à
fournir les coordonnées des agents de recouvrement à leurs clients et à
respecter leur vie privée. Les agents de la banque sont sommés d'agir "de
manière civilisée", de ne pas harceler les emprunteurs au téléphone à des
heures tardives et de ne pas recourir à la violence, physique ou verbale. Les
banques sont également dans l'obligation de fournir une formation de cent jours
à leurs agents.
L'intention est louable, mais ces règles de
bonne conduite restent encore trop peu respectées par des banques qui se sont
livrées, ces dernières années, à un prêt à la consommation intensif, jugé "irresponsable" par de nombreux experts financiers. Elles ciblent en effet
souvent les catégories plus pauvres, leur proposant d'emprunter à des taux
d'intérêt dépassant les 50%. Lorsqu'elles ne sont pas remboursées, ou qu'un
client manque une échéance, elles ont donc tout intérêt à envoyer un agent pour
recouvrir leur prêt. Ce dernier est généralement payé en fonction de l'argent
qu'il parvient à récupérer. Il est donc prêt à tout pour parvenir à ses fins.
La Banque
Centrale a désormais le pouvoir d'interdire une banque de recruter des agents
de recouvrements si ses méthodes s'avèrent abusives. Seule une application
stricte de cette règle dissuadera les banques de recourir à des méthodes
mafieuses.
EntrepriseJustice
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