Dans l’Haryana, les khaps panchayats dictent leurs propres lois
le 25/8/2009 à 19h18
par Antoine Corta
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Dans certains villages de cet Etat du nord de l’Inde, les "conseils de castes" detiennent le pleins pouvoirs et assument le rôle de gardiens de l’ordre moral. Lynchages, meurtres, exils forcés, interdictions arbitraires, tout est bon pour préserver l’honneur de la communauté.
Régulièrement estampillée "plus grande démocratie du monde", l'Inde connait plus d'une
zone de non-droit. Le 23 juillet dernier,
un homme de 21 ans s'est fait lynché par plusieurs centaines d'habitants du
village de Singwhal dans l'Haryana, alors qu'il y venait chercher sa femme. Leur
mariage avait été déclaré "incestueux" par le conseil du village de
la mariée, le couple appartenant à une même gotra ou "sous-caste".
Deux semaines
plus tard, dans une autre localité du même Etat, un homme de 22 ans et son amie
de 16 ans ont été retrouvés pendus à un arbre par une même corde. Le conseil du
village s'opposait à l'union du couple, qui avait tenté de s'enfuir.
Ces incidents
tragiques sont tristement récurrents dans l'Haryana (nord), où les "khap
panchayats" ou conseils de castes, régissent encore la société rurale,
appliquant des règles archaïques et misogynes avec brutalité.
"Ce type de
comportement est inhérent aux hautes castes en milieu rural, en particulier les
Jats. Aujourd'hui, on le retrouve surtout dans l'Haryana. Dans d'autres Etats
du nord de l'Inde comme l'Uttar Pradesh, l'identité de caste et de clan n'est
plus aussi forte qu'avant", explique Surinder Jodhka, professeur à l'université
de Jawaharlal Nehru à New Delhi et spécialiste de la société rurale indienne.
Les khaps sont
apparus en Inde du nord il y a plus d'un millénaire. Il désignaient à l'origine
un territoire regroupant 84 villages de la même caste et possédant parfois même
sa propre armée.
Mais depuis
quelques années, les conseils ou "panchayats" de ces khaps imposent
des diktats rétrogrades et brutaux qui impliquent souvent le meurtre de
personnes ayant déshonoré la communauté. D'après le magazine Tehelka, les khaps
panchayats ont passé quatre décrets d'exécution par semaine lors des six derniers
mois.
Outre les chasses
aux couples "illégitimes" (appartenant à une même gotra), les
khaps panchayat de l'Haryana sont réputés pour leur vues patriarcales. En
2004, le khap de Tevatia a déclaré que les familles ayant moins de deux fils
n'aurait pas le droit de faire appel aux membres du conseil pour le règlement de
disputes. Ceci dans un Etat où la proportion de femmes est la plus faible du
pays et ou le trafic de mariées est répandu.
"Ce regain des
khaps en Inde est lié à la peur de la modernisation et de l'émancipation des
femmes", analyse Surinder S Jodhka. "Ils essaient d'entretenir un mode de
vie étroit basé sur la parenté. Cette renaissance du système de khaps arrive a
un moment de crise, d'érosion de la domination du mâle dans la société
indienne ", poursuit-il.
Imperméable à la
modernité et à l'évolution des moeurs, les khaps panchayats indiens sont
souvent comparés aux talibans afghans et pakistanais, imposant parfois des
interdictions et des lois similaires. Six ans après un décret des talibans
interdisant le cricket dans les pays musulmans, un khap de l'Haryana a par
exemple décidé d'interdire le sport favori des Indiens dans les 28 villages de
sa "juridiction".
D'autres khaps
ont également interdit la musique et les DJs lors de marriages, rapporte
Tehelka. Plus grave, les viols collectifs sont parfois utilisés comme "punition" lorsqu'un membre d'une famille en a déshonoré une autre
en ayant une liaison amoureuse interdite.
Surinder S Jodhka
hésite cependant à comparer les membres des khaps aux islamistes qui ont imposé
leur version impitoyable de la Sharia dans la vallée de Swat. "Les
Talibans ont des ambitions de pouvoir, de conquête alors que les khaps se
renferment sur eux-mêmes", explique-t-il ajoutant que "contrairement aux diverses
associations basées sur la caste qui construisent des écoles ou des universités
en Inde , ils ne font rien de productif pour leur communauté".
Les khap panchayats
continuent cependant à jouir d'une certaine impunité, notamment grâce à la
solidarité de castes qui persiste en Hayrana et leur capacité à influencer les
électeurs. Après le lynchage de Singwhal, le Premier ministre de l'Haryana a
refusé d'intervenir, affirmant que c'était "une affaire sociétale et que
c'était à la société de trancher".
Surinder Jodhka prédit cependant l'extinction
rapide de ces communautés d'un autre temps, dans une Inde qui évolue à grand
pas : "Ils ont quaisment disparu dans certains Etats comme le Pendjab à
cause de mobilité des gens. Ils sont
voués à disparaitre d'ici 10 ou15 ans".
Droits de l'HommeFaits diversJusticeTraditionCastes
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