Des écoles franco-indiennes dans les bidonvilles de Bombay
le 7/10/2008 à 17h15
par Sarah Collin
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Voilà 16 ans que Pierre Péan se consacre avec son association des Écoles franco-indiennes de Bombay à l’éducation des plus démunis dans les quartiers pauvres de Mumbai. Trois écoles plus tard, le travail ne manque pas pour le vieux monsieur aux 100 enfants. Reportage.
Si vous leur demandez comment il s'appelle et d'où il vient, elles ne sauront pas vous répondre. Depuis leur petite enfance, les jeunes filles alignées devant les ordinateurs de l'Association des écoles franco-indiennes de Bombay ne connaissent Pierre Péan que sous le nom de "Uncle". Quant à son pays d'origine, il importe peu : il fait partie du décor, celui du bidonville.
L'oncle arbore cheveux blancs, pantalon et chemise de la même couleur. Le regard bleu est resté vif même si le geste est ralenti par le poids des années. Depuis 16 ans, il se consacre à l'éducation des plus démunis, particulièrement des filles, dans différents quartiers défavorisés de Bombay.
C'est un voyage en Inde réalisé en 1989 qui lui donne l'idée d'ouvrir des écoles sur le sous-continent, lorsqu'il se lie d'amitié avec une petite bonne illettrée. "Je ne parlais pas marathi, elle ne parlait pas anglais, mais on était copains comme cochons !", se rappelle-t-il.
Alors, lorsque sonne l'heure de la retraite, après 30 ans dans le secteur du tourisme, au lieu de se transformer en papi modèle bridge/ promenade/jardinage ("impossible"), il mûrit son plan, fonde une association loi 1901, organise tombolas, ventes de gâteaux, spectacles, pour récolter les premiers fonds nécessaires au lancement du projet.
Il s'envole pour Bombay en 1992. Depuis, il n'en est jamais reparti, si ce n'est pour des vacances de plus en plus rares. "Les retraites n'augmentent pas", se justifie-t-il simplement. Un an plus tard, l'école de Bandra ouvre ses portes. Aujourd'hui, elle compte six professeurs qui enseignent l'anglais, l'informatique, l'esthétique, la dactylographie ou la couture à 500 à 600 jeunes femmes par an, dans trois petites salles aux murs bleus. Les élèves, âgées de 15 à 25 ans, paient 100 roupies par mois (moins de 2 euros) pour un cours quotidien, avec à la clef un diplôme d'état dans la discipline concernée.
En 1995, une deuxième structure est créée dans le bidonville de Malad, cette fois-ci à destination des enfants. Mais en 2000, la municipalité rase tous les baraquements, l'école y compris. Comme les habitants reviennent à l'assaut des gravats pour reconstruire leurs cahutes, la maternelle renaît aussi sous forme d'un bus stationné à l'orée du bidonville.
Les expulsés les plus chanceux sont quant à eux relogés à Chandivali, au Nord-Est de la mégalopole, dans un immense complexe résidentiel. Alors "pour ne pas les laisser tomber", la petite ONG y trouve deux autres locaux : l'un sert de garderie, l'autre d'école d'informatique et de dactylographie.
"Féministe à 200%", comme il aime à se présenter, Pierre Péan ne se décourage jamais lorsqu'il s'agit de ses convictions : "Marche ou crève, c'est ma devise, alors je ne me pose pas la question". Pourtant chaque année, il faut déployer des efforts colossaux pour lever de nouveaux financements.
Avant le 11 septembre 2001, les banques françaises installées en Inde subventionnaient largement l'association. Depuis le repli qui a suivi, l'avenir est devenu incertain : ici un chèque d'une grande entreprise, là le soutien d'une école, mais jamais de garantie pour l'année suivante. Heureusement le vieux monsieur déborde encore d'énergie. Son médecin lui a dit qu'il vivrait centenaire. "Cela me laisse beaucoup de temps devant moi", sourit-il.
Pierre Péan vient de publier une autobiographie intitulée De la ferme au bidonville aux éditions Assyelle, où il raconte son expérience en Inde. Les bénéfices seront reversés à l'association.
Contact en Inde (renseignements, bénévolat): Pierre Péan apefib2004@yahoo.fr
Contact en France (parrainage d'enfants, achat du livre) : Nathalie Clément nathalie.apefib@gmail.com
BombayEducationEnfantFemmes
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