Du béton, des jeux, mais peut-être pas de touristes
le 29/7/2010 à 9h33
par Esther Oyarzun
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On les attend avec impatience, les jeux du Commonwealth, comme s’ils étaient la roue de la fortune pour l’Inde. En vérité, le bon filon pour les promoteurs immobiliers et les hôteliers, mais une probable ruine pour le pays…
Les Jeux du Commonwealth : Une affaire en or pour l'Inde ? Plutôt une affaire en béton. Les chiffres officiels fleuraient bon le succès économique, grâce à l'événement de la décennie, les jeux allaient révéler le tourisme indien au monde, et montrer que le pays se portait comme un charme. Selon l'Hindustan Times, un rapport, pourtant, gratte le vernis rouge, bleu et blanc du budget des jeux du Commonwealth et suggère que les retombées économiques n'aspergeraient que quelques rares secteurs de l'économie.
Le gouvernement ne plaisante pas avec les chiffres : 139 754, voici le nombre de touristes qui seront présents à Delhi pendant la compétition du 3 au 14 octobre 2010. 69 000 d'entre eux seraient des étrangers et le reste - soit 70 754 personnes - seraient des Indiens. Ces estimations sont basées sur les chiffres de 2008, lorsque près de 63 000 touristes étrangers avaient séjourné à Delhi pendant le mois d'octobre.
Et puisque la précision est de mise, le rapport rédigé par l'ONG Equations (Equitable Tourism) en redemande: selon l'ONG, ces chiffres concernant le nombre de touristes et les besoins en logement auraient été largement exagérés afin d'aider le bâtiment et le secteur hôtelier à se développer. Des réductions d'impôts aux ventes de terrain à prix d'or (ou plaqué or plutôt !), toutes les mesures sont bonnes pour inciter à investir dans la pierre et le béton pour subvenir aux besoins du public de sa Majesté.
Des logements chics fleurissent ici et là dans la capitale, des hôtels rénovés, des palaces luxueux prêts à accueillir une civilisation entière… pendant les douze jours des jeux ! On a considéré, comme une évidence, que les touristes allaient forcément opter pour des hôtels étoilés… et si ça n'était pas le cas ? Le ministre du tourisme avait pourtant pris son rôle très au sérieux : il fallait 40 000 chambres pour les jeux du Commonwealth, du coup le bureau de développement de l'activité à Delhi (Delhi Development Activity ou DDA) s'est empressé de mettre en vente 39 propriétés de choix pour la construction d'hôtels étoilés "afin de satisfaire la demande pour les CWG".
En avril 2010, seuls quatre d'entre eux avaient effectivement été construits, selon Equations. Quand aux logements à bas prix, ils n'ont reçu aucune attention particulière si ce n'est que la taxe sur les produits de luxe s'applique désormais sur les chambres à plus de 1000 roupies la nuit, et non 500 roupies, comme auparavant.
On évacue des centaines d'étudiants de l'Université de Delhi pour refaire les carreaux de leur chambre, tandis que c'est eux qu'on laisse sur le carreau, jusqu'à la troisième semaine d'octobre, et avec un loyer augmenté…
Et si avec ça le public n'était pas au rendez-vous? Et si les touristes ne venaient pas pour les jeux ? "Les estimations officielles ne se sont pas attardé sur le problème crucial du profil des visiteurs internationaux, et sur les raisons pour lesquelles ils visitent l'Inde". En effet, au regard de l'étude menée par Equations, les Bangladeshis seraient parmi les plus nombreux à se rendre dans la capitale indienne en octobre, suivis par les Américains et les Britanniques, souvent venus pour recevoir un traitement médical, et non pas assister aux jeux de la Couronne… "Il est très probable que les affaires et le traitement médical soient en tête de la liste des raisons pour lesquelles ces personnes viennent visiter Delhi, et que le tourisme sportif ne soit pas si bien placé".
Et puis, et si les touristes ne venaient surtout pas pour les jeux du Commonwealth ? Rosemary Viswanath, responsable de l'ONG indique ainsi que "le gouvernement n'a pas considéré l'effet d'aversion". C'est à dire le nombre de touristes qui vont précisément éviter Delhi afin de se tenir à l'écart du battage des jeux ! Les dirigeants ont bien pris en compte ce phénomène au sein de la population indienne, mais a commis la grossière erreur de ne pas intégrer les touristes étrangers à cette tendance.
Serait-ce une aversion aux jeux du Commonwealth ou une allergie aux coups fumeux, aux promesses ratées d'un innocent spectacle sportif ? Du béton et des jeux, qu'ils disaient.
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