En Inde, l'homosexualité n'est plus un crime
le 3/7/2009 à 12h05
par Yann Henaff
Poster un commentaire :
Note moyenne :
(3 avis)
Un grand pas a été franchi pour la communauté gay indienne avec la dépénalisation jeudi de l’homosexualité par la Haute cour de Delhi. Cette décision, qui intervient 149 ans après l’instauration du Code pénal par les Anglais, ne s'applique pour le moment qu'à la capitale.
Un
arc-en-ciel est passé jeudi au-dessus de l'Inde. Celui, à six couleurs, de la
communauté homosexuelle. La Haute cour de Delhi a jugé jeudi que l'article 377
du Code pénal indien "criminalise les relations sexuelles consentantes
entre adultes", en violation de plusieurs articles de la constitution
indienne. L'homosexualité n'est plus un délit.
La
juridiction de cette cour ne concerne que la capitale indienne, mais son importante
portée symbolique pourrait faire appliquer la jurisprudence à travers tout le
pays. Dans le cas contraire, la question pourrait être tranchée par la
Cour suprême.
Ce
jugement intervient 149 ans après l'instauration du Code pénal indien par les
Anglais. L'article 377 punit de dix ans de prison voire d'emprisonnement à
vie les "relations charnelles contre-nature avec un homme, une femme ou
un animal". "L'héritage colonial britannique a causé des torts
indescriptibles à des générations d'individus en Inde et dans les pays du
Commonwealth", a réagit la directrice adjointe du programme
Asie-Pacifique d'Amnesty Madhu Malhotra.
C'est la fin d'une bataille judiciaire de huit ans pour la Naz
Foundation, une ONG de défense des droits sexuels, dont la réclamation
déposée en 2001 pour contester la validité constitutionnelle de l'article 377
avait d'abord été rejetée par la Haute cour de Delhi en 2004. Sa présidente, Anjali Gopalan, s'est réjouie d'une
décision qui "respecte les droits de l'homme, sans tenir compte de la
sexualité ou de l'orientation sexuelle des gens".
La
décision de la Haute cour devrait permettre de lutter plus efficacement contre
le sida, du fait que de nombreux homosexuels évitaient jusqu'alors de se faire dépister par crainte d'être
stigmatisés ou intimidés, alors que les harcèlements et les viols de policiers
sont dénoncés par des associations. L'ONUSIDA estime que la décision "va établir un important précédent dans le monde".
Les réactions les plus hostiles
sont venues de dignitaires religieux hindous, musulmans et chrétiens. L'imam de
la grande mosquée de Delhi Ahmed Bukhari a notamment déclaré à The Indian
Express que "légaliser l'homosexualité est une grave erreur", et que "nous n'accepterons pas une telle décision".
"Je n'attends que de
la compassion et du respect de la part des religions", a réagit Sumit
Baud, porte-parole de la coalition Voices against 377, selon qui
la décision de la Haute cour va permettre aux homosexuels de "retrouver une
fierté".
Cette
décision intervient quatre jours après la Gay Pride, célébrée dans plusieurs
mégalopoles du pays, parfois pour la première fois. Elle avait été particulièrement couverte par
les médias. Certaines de ses pancartes ont été ressorties jeudi après midi dans
le centre de New Delhi, et c'est là où elle s'était achevée que quelques
dizaines de membres de la Naz Fondation et de militants de la cause homosexuelle se sont
réunis pour célébrer la décision, en chantant et en se tombant dans les bras.
Sur un
mur, des dizaines de citations recouvraient une banderole aux couleurs
arc-en-ciel : "Je suis fier d'être gay", "Fier d'être Indien, fier d'être gay, je n'ai pas a choisir", "Aimez-nous, ne nous jugez pas ! ", pouvait-t-on lire.
HomosexualitéJusticeReligionDroits de l'Homme
Poster un commentaire :
Note moyenne :
(3 avis)