Une octogénaire des îles Andaman, dernière personne au monde à parler cette langue tribale multimillénaire, à rendu l’âme vendredi. Mine d’or pour les anthropologistes, cet archipel situé dans la baie du Bengale à plus de 1000 km des côtes indiennes, compte plusieurs des plus anciennes tribues au monde, certaines encore totalement coupées du monde.
Le dernier membre d'une tribu des îles Andaman
(océan Indien), appartenant à l'une des plus vieilles cultures du monde, vient
de mourir, a annoncé jeudi Survival International. Cette organisation pour la défense des peuples indigènes, basée à Londres, a
annoncé la disparition la semaine dernière de Boa Sr, à l'âge de 85 ans
environ, qui était la dernière locutrice de "Bo", l'une des dix
langues des Grands Andamans (voir la vidéo ci-dessous).
On estime que les
Bo vivaient dans les îles Andaman depuis 65.000 ans. A l'origine on dénombrait
10 tribus distinctes, dont les Bo, s'élevant à 5.000 personnes avant la
colonisation britannique en 1858. La plupart d'entre eux ont été tués ou ont
succombé aux maladies véhiculées par les colonisateurs.
Boa Sr était la plus âgée des Grands Andamanais, qui compte actuellement
seulement 52 personnes vivant sur l'île de Strait, non loin de la capitale Port
Blair. Elle était la dernière personne a parler le Bo depuis la mort de ses
parents, il y a plus d'une trentaine d'années déjà. Boa Sr
avait par la suite appris à parler un dialecte dérivé du Hindi pour communiquer, selon la
BBC.
"Avec la
mort de Boa Sr et l'extinction de la langue Bo, une part unique de la société
humaine n'est plus qu'un souvenir", a déclaré Stephen Cory, le directeur
de Survival International dans un communiqué. "La perte de Boa indique
qu'on ne doit pas permettre que cela arrive aux tribus des îles Andaman",
a-t-il ajouté.
La population
faible des îles Andaman est divisée en de nombreuses tribus parlant une langue
isolée qui peut être apparentée au groupe môn-Khmer. Les langues des îles
Andaman seraient originaires d'Afrique et, pour certaines, vieilles de 70 000
ans. Elles pouraient être les dernières langues au monde remontant à la période
pré-néolithque
Les habitants de
cet archipel de 204 îles situé à plus de 1000 km des côtes indiennes sont
divisés en quatre grands groupes, selon les anthropologistes : les
Sentinelles, qui comptent entre 50 et 200 membres, les Jarawa, qui seraient un peu moins de 300, les
Onges, qui occupent une réserve sur l'île de "petite Andaman" et
compterait près d'une centaines d'individus, et les Grands Andamanais. Les deux premiers
groupes n'ont volontairement établi aucun contact avec le monde extérieur et
feraient ainsi partie des peuples les plus isolés au monde.
Les habitants des
îles Andman dépendent largement de l'aide du gouvernement indien pour survivre.
Boa Sr qui avait échappé au tsunami dévastateur en décembre 2004 aurait indiqué,
selon les linguistes: "On était tous là quand le séisme a eu lieu. Le plus
âgé d'entre nous a dit: "la terre va s'ouvrir, ne fuyez pas, ne bougez
pas".