L’Afrique en Inde (2/4) : Une cellule politique congolaise à New Delhi
le 15/3/2010 à 9h15
par Fabien Offner
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Assis autour d’une table à la terrasse du centre commercial 3C’s à Lajpat Nagar, un quartier du sud de Delhi, dix jeunes hommes et une jeune femme citoyens de la République démocratique du Congo (RDC) réfléchissent à l’avenir de leur pays. Nous sommes en présence de la cellule delhiite du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) fondé par Joseph Kabila, l’actuel président de la RDC. Deuxième partie de notre série "L’Afrique en Inde".
Les pieds en Inde, la tête au Congo
Laurent, Eric,
Guylain, Bosco, Daniel…tous ici souhaitent accéder à des responsabilités
politiques en RDC (ex-Zaïre). Ils se voient comme "les petites lumières
qui vont éclairer les masses". Ils ont rejoint le PPRD alors que leurs
parents sont "souvent d'autres tendances politiques". Pour Bosco, "le Président a pris l'initiative de réunir tous les partis et
d'organiser des élections libres". "Il a remis le pouvoir au
peuple", acquiesce Dody. "Le Président a maintenu la paix dans la
région", ajoute Laurent Juppé, le chef de la cellule au physique de
pilier de rugby, collier de barbe et chemise à carreau ouverte sur une chaine
dorée. Et les récentes violences au Kivu ? Des "petits désordres,
selon Laurent. La guerre existe, mais rien en comparaison des cinq millions de
morts de la dernière guerre".
Au cours de sa
réunion mensuelle, la cellule qui joue un rôle de "lobbying" et de "bureau d'études" passe en revenue les problématiques congolaises
et indo-congolaises. A l'ordre du jour en cet après-midi chaud et brumeux,
l'autorisation de parler au nom du PPRD aux médias indiens, le mode de
désignation du vice-président, l'actualité politique congolaise ou encore la
recherche d'un lieu stable pour tenir les réunions. "Je pensais qu'en
attendant on pourrait se réunir ici", avance Laurent.
"On n'a
rien, que la bière et la musique"
Tous étudiants dans
la capitale indienne depuis plus ou moins longtemps, ils sont aux premières
loges pour constater le développement de l'Inde qui contraste avec
l'immobilisme de leur pays. "Ce que j'ai appris en Inde c'est la volonté,
témoigne Laurent. Un Indien qui se met au travail est motivé. Les Indiens sont
des travailleurs, ils bossent, ils prennent au sérieux les études alors
qu'au Congo on peut acheter les diplômes. Ici le respect de l'Etat existe. Au Congo
les fonctionnaires peuvent rester des mois sans être payés ! C'est
un Etat en faillite. On n'a rien, que la bière et la musique."
L'Inde semble avoir
moins de considération pour les Congolais que ces derniers en ont pour elle. "Ici
en tant qu'étudiants on ne peut pas travailler", regrette Lionel. La
cellule dénonce également les mauvaises
conditions d'accueil des quelque 400 étudiants congolais de New-Delhi. La
pertinence d'une lettre ouverte aux autorités indiennes est d'ailleurs à
l'ordre du jour. Là-bas au Congo, elle reproche également aux nombreux
commerçants indiens expatriés de ne "rien faire pour le pays". "Ils viennent, ils vendent leurs produits et reviennent en Inde avec
l'argent", regrette Laurent.
Revenir, c'est également leur objectif. "Quitter le pays définitivement est une
trahison", entend-on autour de la table où la chemise – si possible à
carreaux – et le pantalon sont de rigueur. "Nous ne voulons pas que nos
enfants viennent nous voir un jour en nous demandant ‘Papa où étais-tu quand le
Congo mourrait'", avance un autre de façon mélodramatique. "De
toute façon il n'y a pas de bons boulots pour nous en Inde, assure Laurent. Ils
sont déjà pris par les Indiens. Et puis vu notre formation on peut vivre très
bien au Congo."
Ils se donnent pour
mission une fois de retour au pays de briser les survivances du "système
Mobutu" qui a "flingué le pays", explique Eric. Jambes
croisées, dossier et agenda gonflés posés sur la table, il s'exprime déjà comme
un vieux briscard de la politique, à grands renforts de gestes, avec une
tendance à s'écouter parler. "Le système Mobutu reposait sur une seule
stratégie : la distribution de l'argent du pays aux autorités. Il continue
à détruire le pays. Des gens de son entourage sont aujourd'hui aux côtés de
Kabila. C'est difficile de faire avancer le pays avec tous ces gens
‘virusés'."
Se sentent-ils à la
hauteur du défi ? "Les gens qui accusaient Mobutu ont fait la même
chose une fois au pouvoir. Ca pourrait nous arriver mais je ne pense
pas", affirme Laurent.
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