L'Inde accueille avec les honneurs le chef de la junte birmane
le 28/7/2010 à 9h27
par Giles Hewitt (AFP)
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L'Inde a déroulé le tapis rouge mardi au chef de la junte birmane, le généralissime Than Shwe, pour une visite d'Etat officielle sévèrement critiquée par des organisations de défense des droits de l'Homme qui y voient une acceptation tacite du régime.
Le numéro un de
la junte militaire birmane Than Shwe a été reçu avec les honneurs lors d'une
cérémonie au palais présidentiel à New Delhi. Le généralissime, qui réprima
d'une main de fer les manifestations pro-démocratiques menées par les moines en
2007, a ensuite déposé une gerbe au mausolée du Mahatma Gandhi, père de la
nation indienne et apôtre de la non-violence.
L'homme fort du
régime birman, âgé de 77 ans, a rencontré le ministre des Affaires étrangères
S.M. Krishna et devait s'entretenir plus tard dans la journée avec le Premier
ministre Manmohan Singh.
"L'Inde et la Birmanie entretiennent de très bonnes relations. L'objectif
de la visite est d'améliorer les relations existantes et la coopération
économique", a déclaré le ministre birman pour le développement
économique, U. Soe Tha. "Nous voulons encourager le secteur privé indien à
travailler avec nous", a-t-il ajouté devant une délégation d'hommes
d'affaires indiens.
Auparavant
fervente partisane de l'opposante birmane Aung San Suu Kyi, l'Inde a commencé à
se rapprocher de la junte au milieu des années 90 lorsque les priorités
énergétiques et stratégiques l'ont emporté sur les préoccupations en matière de
démocratie et de respect des droits de l'Homme. L'Inde, intéressée par les champs gaziers et pétroliers en Birmanie, cherche à
concurrencer dans la région son principal rival économique, la Chine,
partenaire commercial et investisseur clé pour la junte.
Le mois dernier,
le Premier ministre chinois Wen Jiabao s'est rendu en Birmanie pour signer une
rafale d'accords commerciaux, financiers, énergétiques, scientifiques et
technologiques. L'Inde est le quatrième partenaire commercial de la Birmanie, derrière la Thaïlande,
la Chine et Singapour. Le pays est notamment présent dans l'énergie: deux
entreprises publiques font partie d'un consortium travaillant à l'extraction de
gaz naturel au large de l'Etat d'Arakan, dans l'ouest du pays.
Les organisations
de défense des droits de l'Homme ont sévèrement critiqué la décision de l'Inde
d'accorder la légitimité d'une visite d'Etat officielle à celui qui est
considéré comme un paria dans de nombreux pays occidentaux. "M. Singh
devrait exprimer publiquement une critique de principe sur le truquage des lois
électorales en Birmanie et sur les restrictions persistantes des libertés
fondamentales", a déclaré Elaine Pearson, directrice pour l'Asie de
l'organisation Human Rights Watch (HRW).
La junte, au pouvoir depuis près de cinquante ans, a prévu des élections
législatives cette année. Mais la communauté internationale dénonce depuis des
mois un processus qui exclut la prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi.
Dans une lettre
ouverte à Manmohan Singh, la Fédération internationale des droits de l'Homme,
qui représente 164 organisations dans le monde, a estimé que des rencontres de
haut niveau entre l'Inde et la Birmanie "servent à perpétuer la dictature
militaire en Birmanie".
Lundi, une
centaine de manifestants se sont rassemblés dans la capitale indienne pour
protester contre la venue du chef de la junte, décrit sur des banderoles comme
un dictateur militaire et un "meurtrier d'innocents".
La Birmanie est
soumise à des sanctions économiques de la part des Etats-Unis et de l'Union européenne,
qui lui reprochent ses violations des droits de l'Homme et le maintien en
détention d'Aung San Suu Kyi. L'efficacité de ces mesures est cependant très
atténuée par les investissements réguliers des voisins de la Birmanie.
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