L’Inde confrontée à une crise historique du sucre
le 10/9/2009 à 9h56
par Claude Sarles
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En Inde, les fêtes religieuses s’accompagnent généralement d’une consommation effrénée de pâtisseries et autres sucreries. Mais cette année, à l’approche de la saison des festivals, les consommateurs doivent faire face à une flambée sans précédent du prix du sucre.
Dans quelques semaines aura lieu le festival
bengali de Durga Puja, qui consacre pendant neuf jours la déesse Durga.
Fin septembre, les musulmans fêteront la fin du Ramadan puis en octobre, les
hindouistes célèbreront Diwali, la fête des lumières. Autant
d'évènements religieux au cours desquels les Indiens de toutes confessions
échangent pâtisseries et mets traditionnels. Mais cette année, les sucreries
auront le goût amer de la crise.
Derrière son comptoir de gâteaux luxuriants,
M. Harsh Gupta, responsable d'un magasin Nathu's Sweet (l'une des plus grandes
chaînes de pâtisseries du pays, ndlr) à
New Delhi, s'inquiète. "Un kilo de sucre coûtait 28 roupies il y a
deux mois. Désormais, il en vaut 35. Malgré l'augmentation de nos prix et la
diversification de nos grossistes, nous ne parvenons pas à faire face à la
flambée des cours." D'autant
que les experts s'attendent à ce que le tarif atteigne les 40 roupies d'ici
quelques mois. Une catastrophe nationale pour l'Inde, premier consommateur de
sucre au monde - et deuxième producteur.
Les raisons sont essentiellement
structurelles. Pour le professeur Shahid Ashraf, directeur du département
d'Economie de l'université Jamia Millia Islamia à New Delhi, la faiblesse de la
production locale est le problème majeur. "Les fermiers se sont
détournés de la canne à sucre, car d'autres cultures comme le riz, la farine ou
les oléagineux sont bien plus rentables. Celles-ci demandent en effet moins de
temps pour arriver à maturité, et moins d'eau."
La crise, latente ces dernières années, a pris
une ampleur inédite en 2009 en raison de la mousson désastreuse. Alors que
l'eau de pluie constitue la principale source d'irrigation des cultures, les
précipitations recensées fin août ne représentent que les deux-tiers des étés
précédents. Aussi, la saison sucrière (de septembre 2008 à septembre 2009)
accuse une baisse de 40 % par rapport à l'année dernière.
En Inde, le mécontentement est partagé par
l'ensemble de la population, des fermiers aux consommateurs, en passant par les
grossistes et les fabricants de pâtisseries. Pour contenir l'inflation, le
gouvernement indien a pris plusieurs mesures. Les grossistes ont interdiction
de stocker du sucre au-delà de 15 jours et, à compter du mois d'octobre, le
prix minimum de vente garanti pour les achats gouvernementaux sera probablement
revu à la hausse, afin d'inciter les fermiers à planter davantage de canne à
sucre. A l'occasion des festivals religieux, les foyers sous le seuil de
pauvreté devraient enfin recevoir gracieusement deux kilos de sucre via le
système de distribution public.
Mais selon le Parti Communiste Indien
(Marxiste), le gouvernement n'a qu'une vision à court terme du problème et ne
cible pas les vrais responsables. Les grandes compagnies sucrières ne sont pas
touchées par les restrictions imposées par Delhi, souligne en effet le magazine
Tehelka. Elles auraient même profité des exemptions de
taxe sur les importations en vigueur jusqu'à septembre 2008 pour stocker du
sucre qu'elles revendent aujourd'hui à des prix avantageux.
Dans ce contexte, les Indiens n'ont plus, selon les
communistes,
qu'à se comporter comme s'ils étaient diabétiques. Pas évident dans un pays où la boisson nationale, le chai, compte parmi les
plus sucrées du monde…
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