L’Inde s’arme pour mieux surveiller les étrangers sur son territoire
le 29/7/2010 à 8h47
par Antoine Guinard
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Le gouvernement indien s’apprête à créer une gigantesque base de donnée qui permettra de mieux filtrer l’arrivée de ressortissants étrangers et suivre de plus près leurs déplacements dans le pays. Le changement s’annonce drastique.
L'heure est à la
vigilance en Inde. Le gouvernement a annoncé la création d'une base de donnée "massive" visant à réguler l'entrée et la sortie de ressortissants étrangers sur son
territoire, selon le Sunday Express. L'IVFRT ou Immigration, Visas, Foreigners'
Registration and Tracking Project, lequel vient de recevoir le feu vert des
autorités, aura pour but de suivre minutieusement les déplacements de chaque
étranger qui se rendra en Inde, tous les renseignements étant mis à jour dans
un dossier personnalisé.
Chapeauté par le
ministère de l'Intérieur, l'IVFRT a pour objectif de coordonner près de 170 missions indiennes
(ambassades, consulats) à l'étranger, les sept bureaux d'enregistrement des
étrangers (FRRO) et les 78 postes d'immigrations en Inde, qui partageront leurs
données sur les ressortissants étrangers. Ces derniers seront attribués un
numéro unique qui correspond à leur dossier, appelé UCFID, lequel sera examiné
à chaque fois qu'ils se rendront en Inde ou demanderont un nouveau visa. La
mise en place de contrôles biométriques dans le pays d'origine fera également
partie de la nouvelle procédure et les demandes de visas seront à terme remises
en ligne.
Cette nouvelle
base de donnée centralisée à New Delhi permettra ainsi d'établir des "blacklists" ou des "listes de suspects" plus facilement. Le
projet prévoit également une coordination avec les compagnies aériennes afin
d'obtenir des informations sur les passagers d'un vol international à
destination d'une ville indienne, avant même que celui-ci ait décollé. Un système
d'ailleurs déjà en place dans les aéroports principaux du pays. Toutes les
comapagnies aériennes opérant en Inde devront bientôt s'y plier afin que les
informations de leurs passagers puissent être comparées aux dossiers UCFID.
Comme les
Etats-Unis, qui avaient renforcé leur sécurité aéroportuaire après le 11
septembre 2001, l'Inde a pris la
décision d'aller dans le même sens après les attentats de Bombay, et plus
particulièrement à la suite de "l'affaire Headley"
Si les attentats
de novembre 2008 ont bouleversé l'Inde, David Headley a en effet provoqué quasiment à lui tout seul un
resserrement radical de la politique de délivrance de visas pour les étrangers.
Il avait été révélé l'année dernière que cet Américano-Pakistanais avait
effectué de nombreux voyages en Inde muni d'un visa d'affaires afin de faire
des répérages pour le compte du commando terroriste qui a ensuite pris d'assaut la capitale économique
indienne, du 26 au 29 novembre 2008. New Delhi a depuis procédé à plusieurs
modifications de sa politique de visas afin d'éviter qu'un tel scénario
se reproduise.
De nombreux
experts estiment qu'un système centralisé tel que l'IVFRT aurait pu permettre
de détecter un itinéraire suspect, en répertoriant les nombreux voyages de
David Headley en Inde et au Pakistan avant les attentats. Il aurait ainsi pu
attérir rapidement sous le radar des agences de sécurité indiennes. L'IVFRT
devrait par ailleurs intégrer l'information des hôtels où séjournent les
étrangers en Inde, permettant de suivre davantage leurs mouvements. Là encore,
le cas d'Headley, qui avait séjourné dans plusieurs villes pour faire ses
repérages, est mis en avant.
Ce vaste projet
devrait prendre entre trois et quatre ans a être finalisé mais plusieurs
objectifs sont fixés pour le mois d'aôut, parmi lesquels un système intégré de
demande de visa en ligne aux missions indiennes à Islamabad, Dacca et Londres,
la création d'un nouvel "autocollant visa" plus difficile à
imiter, l'établissement d'une base de données et d'un bureau des visas
centralisé. Une équipe de 300 personnes travaille sur le projet, réalisé conjointement par le ministère de l'Intérieur
et le centre national de l'informatique (National Informatics Center) pour un
coût de près de 190 millions d'euros, selon le Sunday Express.
Le processus de
visa deviendra-t-il donc plus fastidieux pour les visiteurs étrangers
souhaitant se rendre en Inde? Une personne "irreprochable" devrait
obtenir un visa dans les trois jours, mais tout élément "suspect" entraînera
automatiquement une attente d'au moins un mois.
ImmigrationAttentatsPolitiqueVisaSécurité
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