La "police morale", une menace pour la démocratie indienne ?
le 29/1/2009 à 9h03
par Antoine Corta
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Alors que l’Inde se modernise à vitesse grand V, certains voient rouge, estimant la "culture indienne" menacée. Agressions, censures et interdictions se multiplient depuis quelques années, faisant craindre une volonté de "talibanisation" de la société par une minorité d’extrémistes.
Un
groupuscule hindou ultra conservateur qui agresse des filles dans un bar au
Karnataka. L'affaire a fait couler beaucoup d'encre dans la presse indienne qui
n'a pas hésité à parler de "talibanisation" de la société. Samedi,
les hommes du Sri Rama Sena (SRS), réputé pour sa tendance à exacerber les
tensions religieuses, ont fait une descente dans le pub Amnesia, à Mangalore, ville côtière et cosmopolite. Reprochant aux
filles de cet établissement de consommer de l'alcool et d'être vêtues de
manière "obscène", ils les ont chassées du bar et agressé, en
blessant certaines gravement.
L'ensemble
de la classe politique, y compris le BJP (parti nationaliste hindou), proche de
certains groupes hindous d'extrême droite, a condamné l'agression. Mais le chef
du SRS s'est montré sans remords, expliquant que son organisation avait voulu "protéger ses sœurs" et que ses membres étaient des "gardiens
de la culture indienne".
"Ils
n'ont aucun droit moral de frapper les femmes. Nous sommes au 21ème
siècle. Qui sont-ils pour s'approprier la culture indienne?", s'insurge
Nirmala Vanatesh de la Commission Nationale de la Femme (NCW), qui a porté
plainte contre les hommes du SRS dans cette affaire.
Malgré
sa violence, il est bon de rappeler que cet incident, perpétré par un groupe
fanatique de portée locale, n'est pas monnaie courante en Inde. Il reflète
néanmoins un puritanisme rampant, qui prend pied, depuis quelques années, au
pays du Kama Sutra. À Bangalore, ville symbole de la modernisation et de la
high-tech, réputée pour ses concerts et sa vie nocturne animée, il est
interdit, depuis l'année dernière, de danser dans les établissements qui
servent de l'alcool. L'année précédente, le gouvernement du Maharashtra avait
imposé l'interdiction des Dance Bars,
une spécialité de Mumbai.
Passages
à tabac de couples au comportement "indécent", raid dans des boîtes
de nuits, censure au cinéma… Les exemples sont nombreux et variés pour
illustrer la montée de la "police morale" en Inde. En 2006,
une actrice avait provoqué des réactions violentes dans son Etat du Tamil Nadu
lorsqu'elle avait osé déclarer lors d'une campagne contre le sida que les
hommes indiens devaient "abandonner l'idée de vouloir se marier à une
fille vierge". Il y a quelques années, dix hommes avaient été arrêtés par
la police, à Chennai, pour avoir emmené leurs petites amies dans un parc "sans l'accord de leurs parents". Autre phénomène devenu récurrent,
les autodafés de cartes de vœux, le 14 février, par des groupes radicaux
hindous et musulmans pour protester contre la Saint-Valentin, une fête qui "répand l'immoralité".
"Cette nouvelle vague de puritanisme est une
conséquence du développement économique", estimait déjà en 2006 le
psychanalyste Sudhir Kakkar dans le magazine allemand Der Spiegel. Il évoque notamment la peur, chez les classes moyennes
indiennes aisées mais encore conservatrices, de la disparition de la famille
traditionnelle à cause de la libéralisation des mœurs. Une peur que les "talibans indiens" comme le SRS continueront
d'instrumentaliser à leur avantage, dans les années à venir.
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