Le Lavani, art érotique indien oublié, ressuscite à Bombay
le 14/9/2009 à 9h23
par Par Sarah Collin. Photos Sanjiv Valsan
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Longtemps condamné pour son immmoralité, puis lentement abandonné, le Lavani vit une seconde jeunesse à Bombay. Cette danse suggestive née il y a trois siècles au Maharashtra fait salle comble lors de grands spectacles appelés les "banner shows". Reportage.
Dimanche après midi à Dadar, dans un quartier résidentiel de Bombay. Le grand auditorium Ravindra Natya Mandir est plein à craquer. Les spectateurs debout sur les côtés, les autres assis dans les travées, et les chanceux qui ont une place assise, tous gardent les yeux rivés sur le rideau qui va bientôt s'ouvrir. Ils sont venus pour un banner show, un spectacle de Lavani, une danse indienne (basée sur les pas du kathak) où les femmes roulent lascivement des hanches sur des chansons aux paroles coquines, devant un public exclusivement masculin. Dans la culture indienne volontiers puritaine, cet art érotique est une véritable rareté.
L'origine du Lavani remonte au règne de la dynastie marathe des Peshwa, au 18ème siècle. Après un âge d'or autour du 19ème siècle, il tombe en désuétude. "S'il a toujours continué d'exister dans les campagnes du Maharashtra, dans les années 1950, le Lavani avait en revanche pratiquement disparu des villes, jusqu'à ce qu'un réalisateur marathi, Dada Kondke, le popularise à nouveau avec ses chansons à double-sens", explique Bhushan Korgaonkar, producteur d'un documentaire sur le sujet, intitulé Natale Tumchyasati. Et aujourd'hui, comme l'attestent les sifflets qui accueillent Akanska, la première des huit danseuses à se produire sur scène, l'art le plus sensuel de la culture marathe est bien vivant.
Dans le milieu du Lavani, Akanksha Kadam est une star. "Les nouvelles arrivantes se sont mises à copier son style", assure Bhushan Korgaonkar. La jeune femme de 28 ans ressemble à une déesse indienne : une profusion de bijoux, une débauche de couleurs vives, un maquillage exagéré. Avec son sari rouge à paillettes, de grosses fleurs dans les cheveux et ses lourds grelots aux chevilles, Akanksha a beau être couverte de la tête aux pieds, elle dégage une assurance qui rend les hommes fous. "Vous m'aimez ?" leur lance-t-elle d'un air canaille derrière son micro. Les sifflements de la foule lui répondent. Car siffler est au Lavani ce qu'applaudir est au théâtre.
Akanksha tire la langue, et les sifflets redoublent. Entre la grimace enfantine et l'allusion charnelle, la mimique contient tout l'esprit du Lavani : du double-sens, que l'on comprend comme on veut. Pour cette représentation, Akanksha interprètera trois tubes du répertoire du Lavani, toujours en marathi, la langue régionale. Dans "Karbhari Damane", elle demande à son mari "d'aller lentement", dans Fad Sambhal elle intime à son public de "protéger sa canne à sucre" et dans Kairee Padaachi, elle chante qu'elle est une mangue trop mûre, prête à être cueillie.
"Mais ne croyez pas que le Lavani des banner shows corresponde à l'art authentique", avertit Anil Sutar, le chorégraphe du spectacle. "A l'origine, le Lavani possédait une dimension mythologique, poétique et philosophique. Aujourd'hui l'influence de Bollywood se ressent beaucoup et les danseuses sont surtout attirées par la gloire." Et à la campagne, il continue d'être pratiqué à la manière traditionnelle, par des danseuses venant de générations d'artistes, qui vivent entre elles, avec l'interdiction de se marier. Pour Akanksha, aucune obligation de cet ordre. Après le spectacle, la jeune femme rentrera chez elle dans le Nord de Bombay, en jean, pendue à son portable, déjà occupée à organiser sa prochaine tournée.
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