Le "Siddharta” d’Angelin Preljocaj: entre justesse et grandiloquence
le 6/4/2010 à 14h59
par Lisa Vignoli
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Il y avait eu le Siddharta d’Herman Hesse en 1922 puis son adaptation au cinéma. Aujourd’hui, l’Opéra Bastille de Paris présente le ballet d’Angelin Preljocaj, nouvelle interprétation et adaptation de la vie de Bouddha, qui marquera certainement moins les esprits.
(de Paris) Dix-neuf heures trente, dans une salle comble les lumières
s'éteignent. Alors, une énorme boule de métal suspendue traverse la scène d'un
côté à l'autre comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête d'une horde
d'hommes casqués et entièrement vêtus de noir. L'idée est lancée. Il y aura du
spectaculaire dans le décor. Jusqu'au bout.
Point de place pour l'épure: il y
a des lingots d'or sur lesquels arrivent les danseurs, une maison cossue et
illuminée suspendue en l'air, l'essieu d'un camion qui descend et vient
prendre toute la place sur le plateau, sans parler du moment où Aurélie Dupont
(l'Éveil), tractée, s'envole subitement. Point de pureté dans la mise en scène
de la vie de celui qui a été l'initiateur du Bouddhisme.
En 14 scènes comme autant de chemins traversés par Siddharta pour se
débarasser de son "moi" et atteindre l'Éveil, le chorégraphe nous
livre une danse qui elle, n'est pas touchée par l'ostentatoire. Dès leur
apparition et pendant 1h40, le couple fétiche que forment Nicolas Leriche-même
s'il est vêtu d'un juste-au-corps en lamé- et Aurélie Dupont, rappelle les spectacteurs
au style d'Angelin Preljocaj, du moins d'un point de vue chorégraphique.
On retrouve même, tout au long du spectacle, des éléments de ses
créations antérieures : les duos de Roméo et Juliette, les
bâtons de N, les deux trios des Quatre saisons, les
bancs de Noces. Et pourtant, le spectateur reste un peu sur sa faim, alors que tous les ingrédients -musique de Bruno Mantovani,
scénographie de Claude Lévêque, orchestration de Susanna Mälkki- étaient réunis pour une alchimie
parfaite. Siddharta est un spectacle complet et chacun des Arts est, sans nul
doute, parfaitement exprimé. On regrette simplement que les uns étouffent les autres
et qu'on ne sache finalement plus où donner de la tête.
Heureusement, il y a des moments de grâce. Comme cet hommage rendu au
ballet classique où une troupe de petits rats modernes tout en mousseline
vaporeuse avancent et répandent leur légèreté partout. On aime aussi la fin où
Siddharta vient nous dire qu'il a atteint le nirvana. Seul en scène, en
pantalon blanc et quelques pas, Nicolas Leriche montre que la sobriété peut
être désarmante. Une sobriété certainement difficile à imposer quand on répond
à une commande pour le Ballet de l'Opéra de Paris.
Siddharta, d'Angelin Preljocaj, place de la
Bastille, Paris 12ème. Jusqu'au 11 avril.
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