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Les entreprises peuvent-elles vraiment s’installer en Inde ?

le 16/10/2008 à 15h04  par Galahad Shavan

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Des fermiers qui perturbent la fabrication de la voiture Nano à ceux qui votent contre la création d’une zone franche au Maharashtra, il n’est pas toujours facile pour les entreprises de s’implanter dans l’Inde rurale. Mais à qui la faute ?

L'histoire se répète pour Tata Motors. Son usine de fabrication de la Nano a eu beau déménager, les troubles semblent lui coller à la peau. Après avoir été chassé de Singur par les agriculteurs en colère, le groupe indien doit affronter celle des fermiers de Sanand. Du Bengale occidental au Gujarat, les revendications sont sensiblement les mêmes : on ne cède pas nos terres pour une bouchée de pain.

Face à la myriade d'États alléchés à l'idée d'accueillir l'usine de la Nano, le gouvernement du Gujarat s'est précipité, sans tenir compte de l'avis des paysans. Une semaine après l'officialisation en grande pompe du transfert de plus de 400 hectares de terres au géant indien, les agriculteurs demandent des comptes. "Comment le gouvernement peut-il donner nos terres sans nous consulter ?" s'indigne Mukesh Vaghela, un paysan de Sanand. "Et pourquoi les avoir vendues en dessous des prix du marché ?".

C'est en fait autour de la question de la propriété que s'affrontent surtout politiques et fermiers. A qui appartiennent les terres offertes pour la Nano ? Si Tata Motors s'est installé au Gujarat, c'est précisement parce qu'il n'y avait a priori pas de problèmes de terrains.  La terre est officiellement propriété de l'Etat au Gujarat. Mais les paysans affirment que les Anglais leur ont cédé  des parcelles en 1902 avec un bail de 99 ans. Bien que non renouvelé en 2001, les agriculteurs clament leur légitimité.

Pendant ce temps au Maharashtra, une autre méthode, le dialogue, vient d'être essayée. Le gouvernement a proposé aux 28 000 paysans de 22 villages de s'exprimer sur la possible implantation d'une SEZ, ces zones franches qui permettent aux entreprises de s'installer sur des terres agricoles avec à la clé nombre d'avantages fiscaux. Tout est fait pour informer, expliquer retombées économiques et compensations financières avant le vote. Malgré ces efforts, le résultat fut sans appel. Les votants ont rejeté massivement l'idée même de la SEZ, à 94%. Suffisant pour ébranler la bonne volonté des politiques, qui parlent désormais du tout premier referendum de l'État comme d'un simple avis sans conséquences…

Ce n'est pas la première fois que l'Inde agricole se heurte à celle des entreprises ou des politiques. Progressivement, un fossé s'est creusé entre eux. Et si les sociétés indiennes peinent à se dépatouiller avec les fermiers, on comprend que les investisseurs étrangers renâclent à poser le pied sur le sous-continent.

Dans le prolongement du tournant libéral initié dans les années 1990, le Premier ministre Manmohan Singh a mis en place en 2006 des "zones économiques spéciales" ou SEZ. Avantageuses pour les sociétés, elles permettent de créer des emplois dans des regions sinistrées. Sauf qu'il y a les paysans. Peu d'entre eux acceptent de quitter terres et foyer sans une somme d'argent décente. "Les SEZ ont intensifié la crise de l'agriculture" crient ses détracteurs. Le secteur agricole souffre : 150 000 fermiers se sont suicidés entre 1997 et 2005. Et, depuis deux ans, les conflits entre dirigeants, entreprises et fermiers se multiplient en Inde.

12 milliards d'euros. Ou le plus grand investissement étranger que l'Inde ait connu. POSCO, le colosse sud-coréen de l'acier, signe en 2005 un alléchant contrat avec l'État de l'Orissa. L'année suivante, l'entreprise est une des premières à bénéficier des avantages des SEZ. Et la première à voir son chantier bloqué par les fermiers expropriés. Aujourd'hui encore, il est au point mort.

Difficile pour l'Inde avec ce tableau de se montrer accueillante aux entreprises. La balle est désormais dans le camp des politiques. Sonia Gandhi, la présidente de l'UPA, l'alliance de partis actuellement au pouvoir à la tête la fédération indienne, l'a promis : une nouvelle loi devrait bientôt être votée au Parlement. Elle doit mieux protéger les intérêts des agriculteurs en cas d'acquisition de leurs terres. De quoi peut-être transformer enfin l'Inde en terre promise pour les entreprises.

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