Les musulmans indiens s’estiment victimes de la lutte contre le terrorisme
le 30/1/2009 à 10h51
par Antoine Corta
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Des centaines de musulmans se sont rendus, hier, en train dans la capitale indienne pour manifester contre le zèle des forces de l’ordre à leur égard. Ils exigent une enquête sur la mort de deux terroristes présumés, abattus par la police à New Delhi il y a quelques mois.
L'Oulema
Express. C'est le surnom donné au train réquisitionné par plusieurs centaines
de musulmans venus manifester, jeudi, contre la violence policière à New Delhi. "Ils sont venus exprimer leur colère contre les violences commises sur
les musulmans, qui sont régulièrement l'objet d'arrestations arbitraires", explique Tusha Mittal, une journaliste du magazine Tehelka présente à la
manifestation.
Le
convoi, qui est arrivé en début d'après midi dans la capitale était parti la
veille d'Azamgahr. Jusqu'alors inconnue, cette petite ville d'Uttar Pradesh a
fait la Une de la presse indienne il y a quelques mois. La police y a effectué
de nombreuses arrestations l'été dernier, en lien à la vague d'attentats
terroristes qui a frappé les grandes villes indiennes.
Le 19 septembre dernier, moins d'une semaine après les
attentats à la bombe à New Delhi, deux terroristes présumés ont été abattus à
Jamia Nagar, dans la capitale, après une fusillade avec la
police. Accusés d'être membres des mystérieux Moudjahiddines Indiens, ils
étaient eux aussi originaires d'Azamgahr. La ville a alors été désignée comme
un nid de terroristes islamistes.
Les
manifestants venus par l'Oulema Express assurent cependant que les deux hommes
abattus à Jamia Nagar étaient de simples étudiants, victimes innocentes de "l'instinct anti-musulmans" des forces de l'ordre et des politiques
dans la lutte contre le terrorisme. Ils réclament une enquête du gouvernement
fédéral sur l'incident du 19 septembre. Une requête qui devrait rester lettre
morte. L'inspecteur de police qui a trouvé la mort dans cette fusillade vient
de recevoir à titre posthume l'Ashok Chakra, le plus grand honneur décerné en
temps de paix, en Inde.
Les
deux jeunes d'Azamghar était-il de simples étudiants ou de dangereux
terroristes? Chaque camp défend sa version bec et ongles. Les arrestations de
terroristes tombent cependant souvent au bon moment, en Inde. Deux hommes
suspectés d'appartenir à l'organisation terroriste pakistanaise du Lashkar-e-Taiba
(LeT) ont été abattus par la police à New Delhi, dimanche dernier, à la veille
de la fête nationale. Le timing opportun de l'opération a comme un air de déjà
vu. L'arrestation de "terroristes" la veille ou à quelques jours de
Republic Day est chose courante,
selon le Hindustan Times. Le
quotidien rappelle dans son édition de jeudi que de telles opérations se
produisent tous les ans depuis 2000. La police se défend en expliquant cette
tendance par l'augmentation de l'activité terroriste à l'approche du 26
janvier.
L'expression "fake encounter" (fausse altercation) qui désigne l'arrestation ou
le meurtre de civils que l'on fait passer pour des terroristes, est récurrente
en Inde. En 2006, des militaires ont tués cinq civils soi disant impliqués dans
le massacre de 36 sikhs, en 2000, au Cachemire, afin de bénéficier de primes
sur leurs salaires. Après les attentats qui ont fait 60 morts à Hyderabad (sud)
en 2007, une centaine de musulmans ont été arrêtés et plusieurs torturés, selon
Human Rights Watch. En novembre 2006,
la police et l'agence de lutte anti-terroriste avaient assassiné un musulman
d'Ahmedabad au Gujarat, affirmant qu'il faisait parti du groupe terroriste LeT.
Or l'opération avait été montée de toutes pièces.
AttentatsReligionNew Delhi
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