OGM clandestins sur le marché indien ?
le 20/6/2008 à 11h18
par Thomas Pekish
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Greenpeace India manifestait jeudi matin devant le ministère de la Santé pour dénoncer la présence d’organismes génétiquement modifiés dans un produit importé, ce qui est formellement interdit par la loi indienne.
Jeudi 19 juin, quatre jeunes filles manifestaient, immobiles, devant les grilles du ministère de la Santé, sous l'œil d'une troupe de journalistes et de badauds. En guise de sari, ces militantes de Greenpeace portaient une banderole interpellant le Ministre de la Santé : "M. Ramadoss, nous ne voulons pas manger d'OGM". A leur pieds, un monticule de sachets de chips Doritos arborant l'inscription "Danger biologique".
L'une d'entre-elle s'exprime devant les caméras, l'air grave : "Il n'y a pas de temps à perdre, chaque jour qui passe est un jour de trop pour la santé des citoyens indiens".
Avril 2008. Plusieurs ONG indienne, Greenpeace India en tête, font part de leur suspicion aux autorités: de nombreux produits alimentaires importés contiendraient des OGM. ""Je comprends votre inquiétude, mais vous n'avez aucune preuve", nous a répondu le ministre", explique Rajesh Krishnan, responsable des campagnes de Greenpeace India. "Nous lui en avons fournis". L'ONG a en effet envoyé des échantillons de trois produits soupçonnés de contenir des OGM à un laboratoire indépendant allemand. Les analyses d'un d'entre-eux sont revenues positives....
Les chips au maïs Doritos, que l'on peut trouver à chaque coin de rue en Inde, contiendraient en effet du maïs transgénique de type MON863, produit par la firme américaine Monsanto. D'après Greenpeace, ce ne serait là qu'un exemple parmi d'autres. "Un grand nombre de produits contenants des OGM sont commercialisés clandestinement en Inde", affirme une militante. La législation indienne est pourtant formelle : l'importation et la commercialisation de tout produit contenant des OGM sont strictement interdites depuis 1989, sauf en cas d'autorisation par le Genetic Engineering Approval Committee (GEAC), l'organisme chargé de tout ce qui touche aux transgéniques. La GEAC n'ayant pas donnée son feu vert, les Doritos sont donc importés en toute illégalité sur le territoire indien. Le propriétaire de la marque, la multinationale américaine Pepsico, décline cependant toute responsabilité, rejetant la faute sur son exportateur.
Au vue des défaillances des dispositifs de dépistage, le marché indien est pourtant tentant pour ces compagnies. Car si d'après le ministère de la santé, tous les aliments importés sont testés avant d'être commercialisés, Rajesh Krishnan évoque une toute autre réalité : "Les autorités font montre de bonne volonté, mais les moyens sont insuffisants, les laboratoires engorgés, et les tests de dépistages d'OGM loin d'être systématiques". Le Ministère de la Santé semble pourtant avoir pris conscience du problème en 2006, en annonçant la création d'un organisme ad hoc, le Food Safety Standard Authority, qui n'est cependant toujours pas fonctionnel...
Voilà plus de 40 jours que Greenpeace attend une réaction des autorités au sujet des Doritos. Aujourd'hui, devant le ministère, son objectif était également de déclencher le débat sur les OGM, inexistant en Inde. "La majorité des indiens n'a jamais entendu parler des OGM, il n'y a aucun débat public. Même les autorités concernées ne savaient pas que des produits en contenant étaient commercialisés dans le pays !", s'insurge Rajesh Krishnan. Au vu du nombre de journalistes présents ce matin, la voix de Greenpeace a des chances d'être largement relayée, mais le chemin qui permettra une prise de conscience de la société civile semble long, comme l'illustre la première question de ce journaliste à un militant de l'ONG : "Les OGM, c'est quoi ?".
CommerceSanté
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