Pourquoi la BD porno indienne Savita Bhabhi est censurée sur le net
le 7/7/2009 à 11h17
par Antoine Corta
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L’accès au site consacré à la bande dessinée la plus coquine du web indien a été bloqué par les autorités gouvernementales, la semaine dernière. Les lecteurs se mobilisent à présent sur la toile pour sauver leur héroïne à forte poitrine des griffes de la censure.
Alors que
la
communauté homosexuelle de New Delhi fêtait la reconnaissance de ses droits
après des années de lutte, la semaine dernière, des miliers d'Indiens
entamaient leur propre combat, certes plus frivole, mais non sans importance: la réhabilitation de Savita Bhabhi, la plus
libertine des femmes indiennes...de la bande dessinée.
Le 30 juin
dernier, le départemment des Télécommunications, qui dépend du ministère indien
des Technologies de l'Information (IT), avait interdit le site internet de
Savita Bhabhi, bloquant son accès à partir d'Inde sans autre forme de procès.
Lancée en mars
2008, cette BD en ligne raconte les aventures sexuelles de Savita, une indienne
mariée mais très libérée, qui s'adonne
aux hommes qui croisent son chemin, à l'insu de son conjoint. Un an
après, le site est devenu un des plus fréquentés du pays (en 82ème position selon le quotidien Hindustan
Times) avec plus de 60 millions de visiteurs par mois.
Mais le succès de
Savita, dont 12 volets ont été publiés sur la toile, déplaît au gouvernement
indien, qui accuse les modérateurs du site de "promouvoir
l'obscénité". La fermeture de leur page web a provoqué une réaction immédiate
de ces derniers. Soutenus par de nombreux "lecteurs", ils n'ont pas tardé
à lancer une campagne pour "sauver Savita" sur internet, dénonçant une
censure illégale et injustifiée.
"Dans une cruelle
affaire de trahison bureaucratique, Savita est désormais bannie de la toile
indienne" écrit le journaliste Venkatesan Vembu dans un billet truffé d'humour.
Il décrit le blocage gouvernemental comme étant "aussi impuissant que le mari
de Savita Bhabhi", expliquant que les adeptes de la BD ont déjà trouvé
mille stratagèmes pour accéder au site.
Des plateformes
interactives comme Facebook ou Twitter ont également permis aux administrateurs
de sativabhabhi.com de récolter de nombreux soutiens, permettant ainsi de lancer le débat sur les véritables raisons de l'interdiction.
Alors que des milliers
de sites pornographiques sont acessibles aux Indiens qui surfent sur le net, la
censure qui s'applique au personnage imaginaire de Sativa Bhabhi laisse en
effet songeur.
Pour Venkatesan Vembu, c'est avant tout
l'identité résolument indienne de la bande dessinée et de sa protagoniste qui
fait grincer des dents en Inde, où le sexe reste un tabou. "Elle représente une
minorité non-conventionnelle de femmes indiennes qui sont sexuellement averties
et qui n'ont pas peur d'aller voir ailleurs quand leur relation
‘traditionnelle' manque de piment", écrit-il.
Dans une analyse
détaillée de la bande dessinée sur le site Fishpond, l'auteur décrypte un
message similaire: "Les aventures sexuelles spontanées de Savita Bhabhi
dans la ville évoquent un nouveau type de plaisir : faire du ‘shopping
sexuel' dans un paradis néo-libéral où tout est disponible et à vendre".
Avec son sari
traditionel, ses longs cheveux noirs et ses formes généreuses, Savita
correspond au parfait fantasme indien, lequel est parachevé par le terme de "Bhabhi" (belle-soeur), qui évoque à la fois le fruit défendu et la
femme aux moeurs légères. Si les scénarios sont peu recherchés, les personnages de la bande dessinées(les
adolescents joueurs de cricket, l'acteur de Bollywood...) et le cadre des
aventures de Savita rapellent
constamment la société indienne.
"Les créateurs de la BD devraient la renommer Daisy Bhabhi ou Rachel
Bhabhi. Une Bhabhi étrangère qui rend folle les Indiens ne posera pas de problème
au gouvernement", ironise sur Twitter un internaute. En attentant, la "première
bande dessinée porno indienne" n'a jamais autant fait parler d'elle.
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