Rencontre avec la nouvelle génération gay indienne
le 5/11/2008 à 15h40
par Neeli Hawa
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En Inde, l’homosexualité est encore considérée comme un crime, passible de prison. Alors comment être gay dans ce pays ? Oscillant entre une homosexualité publique ou cachée, Danny et Sanjeev sont le reflet d’une société qui hésite encore entre conservatisme et ouverture.
Daniel Luther a tout d'un étudiant classique avec son TShirt Levis et son bermuda en jeans. Un petit badge arc-en-ciel sur son sac attire pourtant l'attention. Danny, comme ses amis l'appellent, est gay.
Cet étudiant de 21 ans en littérature anglaise à la Delhi University (DU) fait partie de cette nouvelle génération d'homosexuels indiens qui s'assume et qui le dit. "La plupart des élèves de ma classe et presque tous mes professeurs savent que je suis gay. À la Queer Pride, en juin dernier, j'étais l'un des rares à défiler sans masque".
Son homosexualité, Danny a également décidé de l'annoncer à ses parents. Une démarche rare et difficile en Inde. "Il y a trois ans, le sujet était tabou. Aujourd'hui, mon père l'accepte mieux. Par contre, ma mère reste très conservatrice. Récemment encore, elle m'a dit qu'elle continuerait de prier jusqu'à sa mort pour que je change. Mais je préfère ça plutôt qu'elle ait une attaque en l'apprenant à 60 ans !"
Ce degré de transparence reste une exception dans la communauté gay en Inde. "Sur guys4men, un site de rencontre indien assez connu, la plupart des gens floutent leurs photos. Ils ont généralement une double vie", explique Danny.
Sanjeev, 21 ans, pourrait bien être de ceux là. D'abord réticent à se faire interviewer, il insiste pour que l'on change son prénom. Cet étudiant en économie n'est gay que pour ses amis proches. Ses parents non plus ne sont pas au courant. "Je ne me sens pas prêt à leur annoncer", dit-il.
Pourtant, comme Danny, il dit ne pas subir de discrimination particulière du fait de son homosexualité. "On ne peut pas s'afficher dans les lieux publics mais ça, c'est un problème plus large qui concerne aussi les couples classiques". Leur seule vraie difficulté, c'est de ne pas avoir de lieux pour eux. À New Delhi, il n'y a que trois boîtes de nuits qui proposent des soirées gays. Et ce n'est qu'un soir par semaine. "Et où est-ce que je vais, moi, si je veux sortir un samedi soir ?", s'insurge Danny.
Malgré tout, le statut de gay reste difficile. Deux amis de Danny se sont récemment faits jetés d'un café à la mode. Dans les campagnes, les homosexuels sont victimes de tabassages (gays bashings). Certains policiers n'hésitent pas à utiliser la menace de l'emprisonnement pour soutirer de l'argent aux homosexuels. Et il y a surtout cette mentalité qui fait de l'homosexualité "un vice social", selon les propres mots de l'actuel ministre de l'Intérieur.
Danny s'est engagé dans une association pro-gay, NEGA. Au programme : sensibilisation dans les lycées, conférences autour de la question des genres et surtout lobbying politique pour la suppression de la section 377. Ce vieil article du code pénal indien condamne les "relations charnelles contre-nature" d'un minimum de dix années de prison.
Pour Danny, l'abolition de cet article est essentiel. "Je sais que je pourrais marcher dans la rue main dans la main avec mon partenaire sans que personne n'y trouve rien à redire. Tout ça ne sera plus illégal !", affirme t-il. Quant à Sanjeev, il reste sceptique: "Le problème de l'homosexualité ici, c'est d'abord une question de mentalité". D'ailleurs, le milieu associatif ne l'attire pas. Il ne pense qu'à une chose : immigrer. "Pour les études d'abord, mais aussi parce que ma vie de gay sera plus facile".
Danny est plus enthousiaste. "Les choses changent doucement. En juin, ce n'était pas la Queer Pride en elle-même qui était nouvelle, c'était sa couverture médiatique. Pour la première fois, l'homosexualité était présentée sous un jour plutôt positif !" Mais si on l'interroge sur son futur, Danny avoue que s'il s'imagine bien professeur, il ne se voit pas rester vivre en Inde…
HomosexualitéAmourDiscriminationNew Delhi
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