Rose défie les tabous sur le petit écran
le 30/5/2008 à 15h41
par Emil Sinclair
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Transsexuel et présentateur télé? Tout est possible en Inde. Dans son talkshow hebdomadaire diffusé au Tamil Nadu, Rose s'attaque à tous les sujets tabous : sexe, divorce, violences. Avec pour espoir "de faire changer les choses" et d'attirer l'attention sur la communauté transsexuelle indienne, objet de toutes les discriminations.
De son vrai prénom, Rose s'appelle
Ramesh. Elle est le premier transsexuel à occuper le poste de présentateur télé,
sur les traces de Begum Nawazish Ali, qui l'a précédé de deux ans au Pakistan.
Mais c'est aussi l'émission qu'elle présente qui sort des chemins battus. Ipaadiku Rose, son talkshow hebdomadaire, est diffusé chaque vendredi soir à dix heures dans l'Etat du Tamil
Nadu. Pendant une demi-heure Rose mène le débat sur
des sujets "chauds", entourée d'intervenants, spécialistes ou non. "Je veux
m'attaquer à tous les sujets tabous et faire changer les mentalités". Divorce,
harcèlement sexuel, drogue ou encore sexe avant le mariage sont au programme.
Une première dans cet Etat réputé très conservateur.
Cela fait quatre ans que Rose
s'habille en femme. Mais elle se bat encore pour se faire accepter, par sa
famille, par la société. "Mes proches me disent que, oui, je suis peut-être
un transsexuel, mais ils préfèrent que je ne m'habille pas en femme et me
sollicitent sans cesse pour que je me marie". Elle n'est toujours pas
autorisée à porter des saris à la maison, et sa mère continue à cacher ses
robes et ses bijoux dès qu'elle en a l'occasion. Pire encore, elle s'est cachée
pendant des années de ses voisins. "Je quittais la maison en homme, et je me
changeais ensuite en femme. J'avais peu qu'ils ne raillent mes parents".
Les membres du "troisième
sexe", aussi appelés hijras, ont longtemps bénéficié d'une tolérance
traditionnelle héritée de l'Antiquité. Mais la situation s'est inversée dans
l'Inde contemporaine. Victimes de discriminations au sein de leur famille, à
l'école, ils sont nombreux à se tourner vers la mendicité et la prostitution
pour survivre. Une situation qu'ils ont rarement choisi : il leur est difficile
d'obtenir des emplois normaux. "Lorsque j'ai fait mon coming-out, mon
employeur n'a pas renouvelé mon contrat de travail" explique Rose, diplômée
d'ingénierie chimique aux Etats-Unis.
"Je veux prouver qu'un
transsexuel qui est beau, qui a des capacités et à qui on donne une opportunité
peut réussir", explique Rose. Et rompre ainsi avec les clichés
dévalorisants associés aux hijras.
Donner une image différente de cette communauté qui n'apparaît la plupart du
temps au cinéma que pour être dévalorisée ou tournée en dérision. "Le
talkshow de Rosa va aider les téléspectateurs à porter un autre regard sur les
transsexuels", commente Pradeep Milroy Peter, directeur des programmes de
STAR Vijay, la chaine qui diffuse l'émission. "L'Inde est encore très conservatrice. Nous avons des missiles
balistiques mais nous nous demandons encore s'il faut autoriser les cours
d'éducation sexuelle dans les écoles", poursuit-il.
Les mentalités changent
doucement, mais la frontière entre ce qui est acceptable et "immoral" reste floue : Rose ne peut pas non plus tout dire sur tout. A commencer
par le mariage, qu'elle considère pourtant comme non naturel : "C'est
une institution tellement établie en Inde qu'il n'est pas pensable de la
remettre en cause. Je ne veux pas effrayer les gens, je veux les atteindre".
Peut-être se souvient-elle de cette actrice tamoule, dont la carrière avait été
compromise en 2005 après qu'elle se soit prononcée en faveur des relations
sexuelles avant le mariage.
Pour voir une vidéo de Rose sur Youtube : Cliquer ici.
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