La superstar de Bollywood s’est attirée les foudres du parti d’extrême droite de Mumbai pour son soutien envers les joueurs de cricket pakistanais, "boycottés" par le championnat indien. Avant que l'accusateur soit à son tour pointé du doigt...par ses propres alliés.
Le Shiv Sena rate
rarement une occasion de faire du zèle et de voler au secours de la
culture indienne. Du moins selon son interprétation obtuse de cette
dernière. Ainsi lorsque Shah Rukh Khan, qu'on ne présente plus, s'est prononcé
en faveur de l'intégration des internationaux pakistanais au sein de la ligue indienne de cricket, le parti d'extrême droite, aux commandes depuis 20 ans à Mumbai
(Bombay), a foncé tête baissée.
Des dizaines de partisans du Shiv Sena ont manifesté devant la résidence de la superstar
bollywoodienne dimanche à Bandra, une banlieue huppée de la capitale économique
indienne. La police a rapidement
sécurisé les lieux et arrêté plusieurs manifestants qui en voulaient à "King Khan", pour s'être déclaré en faveur de l'intégration des
joueurs pakistanais au championnat indien de cricket. Ces derniers ont en effet
été boudés, lors de la journée des tranferts le mois dernier, par les clubs indiens qui
craignent qu'on leur refuse des visas.
Fidèles à leurs
vieilles méthodes, les "sainiks" ont également brûlé des posters de My Name is Khan, et appelé au boycott du film, qui marquera le retour
de Shah Rukh Khan ce mois-ci sur le grand écran.
"Shah Rukh devrait aller au Pakistan s'il veut
s'exprimer en faveur des joueurs pakistanais", a lancé Manohar Joshi, un
haut dirigeant du Shiv Shena. "C'est une question de patriotisme et Shah
Rukh ne devrait pas s'immiscer dans la politique", a-t-il ajouté.
Sauf que l'acteur,
à ses heures perdues, est également propriétaire des Knight Riders de Kolkata
(Calcutta), une des huit équipes de la ligue indienne de cricket (IPL). A ce titre,
on pourrait au contraire penser que Shah Rukh est en meilleure position pour
donner son avis sur la question que, par exemple, le Shiv Sena.
Le parti nationaliste hindou a par ailleurs
été désavoué par ses alliés traditionnels sur son terrain de prédilection:
la "défense" de la culture marathie (identité culturelle de l'Etat du
Maharashtra) qui passe généralement par la persécution des Indiens du nord ayant
migré à Bombay pour y trouver du travail.
Après la star
indienne de cricket Sachin Tendulkar en novembre dernier et l'industriel
milliardaire Mukesh Ambani à la mi-janvier, c'était en effet au tour de
l'influent Rashtriya Swayamsevak Sangh
(RSS) de rappeler hier que "Mumbai appartient à tous les Indiens".
Un positionnement qui a rapidement été secondé par le Bharatiya Janata Party
(BJP, nationaliste hindou), allié du Shiv Sena au Maharashtra et dont le RSS est
le parent idéologique.
"Ce qu'a dit le RSS (que les Indiens du nord doivent être protégés au
Maharashtra) est absolument vrai. Les partis ne devraient pas diviser le pays
simplement pour des raisons politiques", a déclaré le vice-président du BJP
Shanta Kumar au Times of India.
Voyant sa raison
d'être attaquée, seul contre tous, le Shiv Sena a repassé son vieux disque,
affirmant qu'il était "temps de rappeler au RSS que Mumbai appartient
uniquement aux Marathis".