Trois hauts responsables du BJP mis en cause dans le rapport sur Ayodhya
le 24/11/2009 à 9h46
par Antoine Guinard
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Un ancien Premier ministre, l’ex-chef de l’opposition et un ex-président du parti nationaliste hindou sont accusés d’avoir été les principaux instigateurs de la destruction de la mosquée d’Ayodhya en 1992. Le rapport pourrait être divulgué aujourd’hui à l’assemblée.
Lal Krishna
Advani a laissé éclaté sa fureur hier,
au Parlement indien. Bandissant l'édition du jour de l'Indian Express, le
leader de l'opposition et candidat malheureux du Bharatiya Janata Party (BJP –
nationaliste hindou) aux dernières élections s'est insurgé contre la fuite du
rapport Liberhan dont s'est fait écho lundi matin le quotidien.
Ce document, du
nom du juge en charge de la commission d'enquête sur la desctruction de la
mosquée Babri à Ayodhya (Uttar Pradesh), avait été rendu le 30 juin dernier au
gouvernement, 17 ans après les faits. Son contenu n'avait jusqu'à présent pas
été divulgué, mais l'Indian Express révélait en Une, hier matin, que
l'incident, qui a marqué l'envol politique du BJP, avait été "méticuleusement orchestré" par trois hauts dirigeants du
parti : l'ex-Premier ministre Atal Bihari Vajpayee, l'ancien président du
parti Murli Manohar Joshi ainsi que l'actuel leader de l'opposition Lal Krishna
Advani.
Le 6 décembre
1992 une foule de pèlerins hindous avait mis le cap sur la ville d'Ayodhya,
site religieux disputé entre les communautés hindoue et musulmane, avant de
détruire la mosquée du 16ème siècle construite, selon eux, à
l'emplacement du lieu de naissance du dieu Rama. Le BJP avait ensuite promis la
construction à Ayodhya d'un temple hindou dédié à Rama, un cheval de bataille
qui avait mené le parti à la victoire lors des élections de 1998.
La destruction de
la mosquée Babri avait ravivé les
tensions interreligieuses et avait déclenché de violentes émeutes à travers le
pays, provoquant la mort de près de 2000 personnes.
L'Indian Express révèle que le rapport
Liberhan, qui n'a pas encore été rendu public, affirme que "contrairement à ce
qui a été dit, la campagne d'Ayodhya ne bénéficiait pas [au départ] du soutien
volontaire des masses, en particulier des hindous". Selon le quotidien, le rapport Liberhan
analyse les évènements ainsi : les leaders BJP ont saisi le mouvement
d'Ayodhya comme "un tremplin politique, motivés davantage par le pouvoir et
l'argent que par une quelconque idéologie".
Lal Krishna
Advani, figure de proue de la frange dure du BJP à l'époque, est considéré
comme le principal architecte de la destruction de la mosquée. "L.K. Advani et Murli
Manohar Joshi était à 200m de [de l'édifice] et ils n'ont rien fait",
lit-on dans le rapport cité par l'Indian Express.
"Les Rath
Yatras (pèlerinages religieux, ndlr) organisés par Advani et Joshi avaient pour
objectif d'inciter les gens à rejoindre leur mouvement, en jouant sur la
corde de l'émotion", lit-on encore dans le rapport, selon l'Indian
Express. La Commission Liberhan récuse donc catégoriquement l'hypothèse d'un
mouvement spontané lors de la destruction de la mosquée Babri, une théorie que
Lal Krishna Advani et ses pairs ont pourtant toujours défendue.
Lorsqu'il avait
été entendu par la commission, le chef de l'opposition avait déclaré que le 6
décembre 1992 avait été "le jour le plus triste de sa vie". Déclaration
qu'il n'a pas manqué de rappeler lors de la houleuse session parlementaire
hier, dans laquelle il a par ailleurs exigé que le rapport soit débattu
ouvertement au Parlement. Ce sera chose faite aujourd'hui.
Un autre
parlementaire BJP a fait remarqué qu'alors qu'Atal Bihari Vajpayee, considéré
comme un modéré, était mis en cause, le rapport avait épargné Naramsimha Rao,
Premier ministre du gouvernement Congrès à l'époque. Le BJP dans son ensemble a
d'ailleurs accusé le Congrès d'avoir orchestré une "fuite
sélective" du rapport.
Le secrétaire
général du BJP Arun Jaitley, de son côté, s'est contenté de critiquer la forme
au lieu du fond, demandant à connaître l'auteur de la fuite du rapport. "Il
n'y a que deux copies du rapport. Si le ministre de l'Intérieur nie l'avoir
divulgué, c'est donc la commission", a t-il déclaré. Interrogé par les
journalistes, le juge Liberhan a platement nié que la commission était à
l'origine de la fuite.
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