A Baba Kharak Singh Marg, en face du temple du dieu singe Hanuman, a lieu chaque matin un marché où virevoltent des pétales dans tous les sens. Laissez-vous porter, le temps d’un papier, par les fragrances inédites du marché aux fleurs de Connaught Place.
Il est exactement 7h, heure locale, dans la capitale indienne. Cela fait
deux heures que le célèbre tube de Jacques Dutronc aurait pu retentir à
Connaught Place. Car ici, précisément en face du Hanuman Mandir, c'est à 5h que
le marché aux fleurs s'éveille.
Selon la rumeur qui circule, ce marché, créé en 1995, serait le plus grand
dans son genre en Asie. Mais Manoj Bhagra, grossiste, n'est pas dupe : "Au début, nous n'étions qu'une dizaine, puis le marché a rapidement grandi,
et nous sommes maintenant plus de 500. C'est le plus grand marché aux fleurs en
Inde, mais pas en Asie". Ses fleurs lui viennent du Karnataka (Bangalore),
Maharashtra (Pune), de Thaïlande et de Chine. "Je vends surtout des
lys et des œillets, mais j'ai aussi des roses et des orchidées".
Manoj a l'oreille constamment collée à son téléphone portable. Il nous fait
comprendre que vendre des fleurs ici est une affaire sérieuse. S'il n'a pas
voulu divulguer le montant de ses revenus, il avoue que ce métier lui permet de
faire vivre toute sa famille "très confortablement". C'est
auprès de Sumit Chachan, jeune vendeur dont le stand se situe à quelques roses
de là, que nous prenons la mesure du train de vie possible d'un grossiste
ici : "Mon chiffre d'affaire s'élève à environ 20 lakhs par
mois (34 000 euros)". Ses clients sont des grands hôtels,
fleuristes, décorateurs, entreprises, banques et autres bureaux
gouvernementaux. A cette somme vient encore s'ajouter ce que Sumit gagne en
tant que gérant de son propre magasin de fleurs dans la capitale, c'est-à-dire
entre 10 et 12 lakhs par mois (de 17 000 à 20 000 euros).
Le jeune homme d'affaire n'est pas le seul à cumuler plusieurs casquettes.
Shama Abhinkar, qui nous est présentée par Manoj comme étant sa "meilleure
cliente", en porte elle-même trois. D'abord, même si elle est dans le
commerce floral depuis 20 ans, Shama continue d'exercer en parallèle son métier
de fonctionnaire, chaque jour, après 9h. Ensuite, elle est grossiste à
Connaught Place. Elle importe notamment des œillets, gardénias et lys, en
provenance des environs de Shimla (nord). Enfin, sa principale activité est
l'achat de fleurs en gros, à son ancien associé Manoj, qu'elle revend par la
suite à de grands groupes. D'ailleurs son meilleur client est le site
matrimonial de rencontres Shaadi.com, qui s'approvisionne auprès d'elle pour
organiser d'importants mariages en Inde.
Le marché aux fleurs de Baba Kharak Singh Marg n'est pas le seul existant
dans sa catégorie à Delhi. Tout comme celui se situant à Fatehpuri, dans le
nord, il est temporaire, tandis que celui de Mehrauli, dans le sud, est
permanent. Seulement, une menace pèse sur ces trois marchés. "Cela
fait dix ans que le gouvernement tente de les supprimer, pour créer un marché unique,
permanent et convenable à Ghazipur", qui se trouve à une dizaine de
kilomètres de là, annonce Manoj.
"Le nouveau marché ne va créer que des
problèmes. Il est trop loin de Delhi, et le coût des transports se fera durement
ressentir, sur nos finances comme sur la qualité de nos fleurs", explique Sumit. "Je ne veux pas
aller là-bas", déclare simplement Shama.
L'avenir du marché aux fleurs de Connaught Place est donc en suspens. Mais
pas de quoi effrayer Manoj : "Pendant quinze ans, mes affaires ont
très bien marchées. Ce n'est pas Ghazipur qui m'empêchera de continuer ainsi
pour les quinze prochaines années". Un relativisme à l'indienne
décomplexé, toujours apprécié en ces temps d'incertitude.
Le meilleur niveau d’éducation en Inde est donné par les écoles Chrétiennes dans l’ensemble, mais il peut y avoir des exceptions, les religieuses ont une façon de gérer les écoles qui reste exemplaire et les bonnes sœurs apprennent aux jeunes filles tout ce dont elles auront besoin dans leur vie de femme et mère.